MONACO, 27 août (Le Parisien Matin)Julian Alaphilippe a annoncé la fin immédiate de sa carrière cycliste le week-end dernier, depuis le port Hercule où stationnait le bus de son équipe Tudor. L’information, révélée par L’Equipe jeudi soir, fut officialisée le lendemain par le coureur, alors que son contrat courait jusqu’en 2027.

Autour du bus, l’ambiance fut décrite comme étrange, à la veille du départ de la Vuelta. L’équipe helvétique accepta de revenir sur l’événement auprès de DirectVelo.

Le timing interrogea en coulisse, bien que chacun reconnût qu’il n’existe jamais de bon moment pour un coureur de cette stature.

Morgan Lamoisson, directeur sportif français de Tudor, confia :

« Ce départ de Julian, c’est forcément beaucoup d’émotions ».

Il ajouta :

« C’est une nouvelle difficile à accepter dans le sens où on se rend compte que c’est une page qui se tourne. C’était clairement une rock star du vélo ».

L’empreinte d’une personnalité accessible

Pour le staff, Alaphilippe ne fut pas un coureur ordinaire.

Morgan Lamoisson souligna :

« Il a donné beaucoup de joie et en plus, il a toujours eu un petit mot pour tout le monde. Il y a un côté affectif avec Julian : il était tellement accessible que tout le monde avait l’impression d’être son ami ».

Sylvain Blanquefort confirma :

« Ça a été un très bon passage chez nous. Personnellement, j’ai vraiment apprécié travailler avec lui. Il apporte des choses différentes, une énergie différente. C’est un coureur différent des autres. On l’a vu l’année dernière. Il a eu des hauts et des bas mais mine de rien, les hauts ont été assez importants ».

Copropriétaire de Tudor, Fabian Cancellara salua son ancien leader :

« C’est un grand champion, et un grand humain, une belle personne. Il a toujours été très positif, chaleureux avec tout le monde. Il est unique ».

Les raisons d’un départ anticipé

Interrogé, Alaphilippe justifia son choix comme étant le bon moment.

Morgan Lamoisson expliqua :

« Julian avait commencé à sous-entendre que c’était de plus en plus dur ces derniers temps, il l’a évoqué ».

Le staff assura avoir privilégié l’humain, sans forcer une poursuite jusqu’à la fin du contrat.

Fabian Cancellara défendit cette ligne :

« Il était sous contrat, ok. Mais dans la vie, il y a plus important que tout ça, que des histoires de contrat. Quand tu es dans un projet comme celui-là, tu veux que les athlètes partent fier et content. C’est le plus important ».

Le dernier Tour de France fut évoqué. Alaphilippe y arriva en condition correcte mais fut lâché dans une échappée de baroudeurs lors d’une étape pour sprinteurs vers Nevers, où il termina dernier, lui qui avait remporté six étapes et porté le maillot jaune.

Ce que dit vraiment ce départ

Il faut avoir vu Alaphilippe dans un bus pour comprendre. Pas sur un vélo. Dans un bus.

Chez Tudor, ce n’était pas le coureur le mieux payé qui s’en va, c’était le traducteur. Celui qui traduisait l’exigence d’une équipe suisse qui veut monter en WorldTour en langage de baroudeur à la française.

Cancellara a construit Tudor comme un contre-modèle : pas de paillettes, du travail, du noir, du chrono. Et il a choisi Alaphilippe, l’exact inverse sur le papier, pour lui donner une âme.

Son départ immédiat, à Monaco, à deux pas des yachts et à mille lieux de la rue Lepère où il a explosé, raconte plus que la fin d’un contrat. Il raconte que le cyclisme a changé de peau.

Le Tour décrit par le staff – ce GPM à 4,4% vers Nevers où un double champion du monde se fait déposer dans une échappée de troisième rideau – est une métaphore brutale. Le panache ne suffit plus. Les watts ont remplacé l’instinct.

En ne retenant pas Alaphilippe, Cancellara fait un choix politique fort. Beaucoup d’équipes auraient joué le contrat, l’image, le maillot à vendre jusqu’en octobre.

Tudor choisit de montrer qu’elle peut laisser partir sa rock star la tête haute. C’est habile humainement, et c’est malin sportivement : elle s’achète une crédibilité de maison qui respecte ses champions, indispensable pour attirer les suivants.

Reste le vide français. Alaphilippe n’était pas seulement un palmarès, c’était le dernier coureur capable de faire se lever à 16h un public qui ne connaît rien aux watts.

Sa retraite sans cérémonie, sans dernier tour de piste au Tour de Lombardie ou aux championnats, laissera un goût d’inachevé. Mais c’est peut-être ça, la vraie marque des grands : savoir partir quand le vélo ne leur ressemble plus, plutôt que de s’accrocher à un vélo qui ne leur ressemble plus.

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