dimanche, 6 septembre Magazine

PARIS, 5 septembre (Le Parisien Matin) – Un sondage exclusif de l’institut Cluster 17 pour Le Point, publié le 5 septembre, a placé Jean-Luc Mélenchon aux portes du second tour de la présidentielle, crédité jusqu’à 18% d’intentions de vote, derrière Marine Le Pen qui a conservé une avance nette entre 29% et 31,5%.

Mélenchon à 18% en position de second tour

Dans une configuration où Édouard Philippe s’est imposé face à Gabriel Attal pour représenter le bloc central, le leader de La France insoumise a été crédité de 18%, à égalité avec le maire du Havre.

Sa base est restée solide. Près de trois quarts de son électorat de 2022 se sont dits prêts à revoter pour lui, après une séquence où la stratégie du bruit et de la fureur a laissé place à une posture de pater familias.

En juin, lors de son meeting à Saint-Denis, il a savouré la conjoncture.

« Pour une fois, les étoiles sont alignées ».

A déclaré Jean-Luc Mélenchon.

Le président de l’institut a commenté la dynamique.

« Mélenchon paraît en situation de qualification potentielle […] À partir des sondages, il est très difficile de dire lequel serait au second tour si on votait demain ».

A analysé Jean-Yves Dormagen.

Marine Le Pen toujours largement en tête

Condamnée en juillet pour détournement de fonds publics tout en restant éligible, Marine Le Pen a continué de dominer les intentions de vote, avec 29% à 31,5% selon les scénarios.

« Marine Le Pen reste stable, à un niveau élevé, celui du niveau du RN depuis deux ans ».

A estimé Jean-Yves Dormagen.

L’institut a décrit un socle consolidé pesant autour d’un tiers de l’électorat.

« Elle n’est ni dans une dynamique positive, ni dans une dynamique négative, elle est stable. Elle a un électorat transversal et attire, par exemple, une partie des retraités, notamment ceux issus de la droite traditionnelle ».

A ajouté Jean-Yves Dormagen.

Marine Le Pen prononce un discours à la tribune du Rassemblement National

Le bloc central en perte de vitesse

Édouard Philippe et Gabriel Attal ont capté respectivement 53% et 43% de l’électorat d’Emmanuel Macron de 2022, prolongeant une désagrégation déjà documentée par la Fondation Jean Jaurès.

Seul en lice pour le bloc Horizons-Renaissance, Gabriel Attal a été crédité de 13,5%, derrière Mélenchon et Le Pen.

L’écart a tenu à la structure de l’électorat. Attal a pris 16% chez les sociaux-démocrates contre 14% pour Philippe, mais seulement 9% chez les conservateurs, soit 11 points de moins que son concurrent d’Horizons.

« À ce stade, la différence entre les deux tient au fait qu’Édouard Philippe réussit mieux au sein de l’électorat plus à droite, compatible avec LR ».

A résumé Jean-Yves Dormagen.

Pour se démarquer, Attal a revendiqué le dépassement politique au-delà du clivage droite-gauche. La moitié des sociaux-démocrates ont soutenu l’idée d’une victoire d’un candidat de la droite et du centre.

« Il ne faut pas oublier que la coalition d’électeurs qui a élu deux fois Emmanuel Macron comprenait un centre, mais aussi une aile gauche, social-démocrate, modérée, de centre gauche, qui venait principalement d’un vote antérieur pour le PS ».

A rappelé Jean-Yves Dormagen.

Glucksmann, Retailleau et Villepin distancés

Raphaël Glucksmann a été estimé entre 11% et 11,5%, porté par un électorat social-démocrate diplômé de classe moyenne supérieure.

« Raphaël Glucksmann attire un électorat social-démocrate qui avait voté François Hollande en 2012, Macron en 2017-2022 et qui, en 2024, a recommencé à voter à gauche ».

A analysé Jean-Yves Dormagen.

L’eurodéputé de Place Publique, candidat à la primaire socialiste, a attiré le moins les revenus modestes, avec 4% chez les ménages au SMIC ou moins, contre 18% chez ceux déclarant plus de 5 000 euros nets par mois.

Bruno Retailleau a oscillé entre 6,5% et 9%, loin derrière les figures du bloc central. Dominique de Villepin, testé entre 3% et 4%, a séduit un public jeune et diplômé, mais a réalisé son plus mauvais score chez les 65 ans et plus malgré son discours à l’ONU en 2003.

Une tripartition qui se crispe

Le sondage a dessiné moins un basculement qu’une cristallisation. À gauche, Mélenchon n’a pas progressé par conquête, il a verrouillé. Le fait que trois quarts de ses électeurs de 2022 se soient maintenus, malgré les polémiques sur les tropes antisémites et l’usure d’une figure installée depuis 2012, a montré une fidélité rare dans un espace où les socialistes se sont déchirés en public.

En face, Marine Le Pen n’a pas eu besoin de dynamique. Son socle entre 29 et 31,5% a fonctionné comme une rente électorale, transversal, capable d’aller chercher des retraités venus de la droite classique tout en gardant son cœur populaire. C’est ce qui l’a rendue intouchable au premier tour, et ce qui a rendu le second ticket si étroit pour les autres.

Le vrai enseignement a porté sur le centre. Le macronisme électoral, qui avait agrégé en 2017 et 2022 une aile gauche sociale-démocrate et une aile droite conservatrice, s’est coupé en deux. Philippe a gardé la droite, Attal a tenté de garder la gauche sans la retenir assez.

Glucksmann, avec son profil à 11%, a capté précisément cette frange orpheline, mais avec un biais sociologique qui l’a enfermé : très fort chez les diplômés à plus de 5 000 euros, quasi absent chez les bas revenus. Le duel populiste RN-LFI que beaucoup d’observateurs redoutaient n’est plus une hypothèse d’école, c’est devenu le scénario central du sondage.

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