mercredi, 2 septembre Magazine

PARIS, 1er septembre (Le Parisien Matin) – L’humoriste Ameziane a provoqué une polémique sur France Inter en s’en prenant au physique et à l’orientation sexuelle du député RN Jean-Philippe Tanguy, après la proposition du RN de sanctionner le port du voile par une amende.

La chronique « Le RN met le voile à l’amende » fut diffusée en matinale et dénoncée par l’élu, qui appela à saisir l’Arcom.

Une chronique qui dérape en direct

La séquence répondait à l’intervention du député la veille au Grand Oral BFM-Le Figaro. Ameziane délaissa la critique politique pour une attaque. Il lança :

« Vous ne trouvez pas qu’il a la tête d’un rat qui se serait transformé en humain, dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ? »

Sous les rires du studio.

Il poursuivit avec une excuse :

« C’est ma nièce qui me l’a dit, ce n’est pas de ma faute, je regrette ce que je viens de dire ».

L’humoriste évoqua l’homosexualité de l’élu. Il déclara :

« Les mecs sont toujours dégueulasses. C’est déjà dur à regarder en étant d’origine algérienne, mais en tant qu’homosexuel, c’est insoutenable. Si tu aimes les hommes, oublie la thérapie de conversion, tu regardes l’interview de Jean-Philippe Tanguy et c’est réglé ».

Il justifia son propos par un paradoxe :

« Il m’énerve parce qu’il est homosexuel et il reste dans un parti qui vote sans cesse contre les droits LGBT. Je sais que ce paradoxe, c’est son côté humain, mais il aurait pu utiliser son côté rat pour sentir le piège ».

Il conclut par :

« Pardon, j’arrête les blagues sur le physique, ce n’est pas bien ».

Puis

« D’habitude, ce sont les fachos qui le font. S’il n’est pas content, il avait qu’à se cacher sous un voile ».

La riposte et l’appel à l’Arcom

Jean-Philippe Tanguy réagit sur X. Il dénonça une « séquence ignoble » et « des méthodes dignes des pires idéologies haineuses sans aucune trace d’humour ».

Il déplora l’attitude du studio :

« Je déplore qu’aucun membre du “service public” de France Inter ne soit intervenu – ils ont au contraire ricané. J’espère que la direction de Radio France aura une réaction digne ».

L’élu diffusa un tutoriel invitant à saisir l’Arcom.

Le député LR Philippe Juvin apporta son soutien. Il écrivit :

« Traiter un député de la République de “rat” ne relève ni de l’humour ni de la liberté d’expression. C’est reprendre le vocabulaire infamant des propagandes fascistes : déshumaniser un adversaire en le présentant comme une vermine dont la société devrait se débarrasser ».

Philippe Juvin ajouta :

« Des excuses publiques doivent être présentées à Jean-Philippe Tanguy. Quant à ce prétendu “humoriste”, il n’a plus sa place sur le service public ».

L’origine de la polémique

La polémique remonta à la proposition défendue dimanche par Jean-Philippe Tanguy de sanctionner le port du voile dans l’espace public par une amende, présentée par le RN comme une mesure pour protéger les femmes face à l’idéologie islamiste.

La chronique entendait la tourner en dérision, mais cibler le physique et l’orientation du porte-parole transforma la critique en affaire de déontologie.

La séquence pose une question plus large que le seul cas Tanguy : où s’arrête la satire politique sur le service public quand elle glisse vers l’attaque ad hominem.

France Inter a construit depuis dix ans une partie de son identité matinale sur le billet d’humeur acide. L’exercice est par nature à la limite : il doit piquer, faire rire, et assumer un angle militant. Mais la chronique de lundi a franchi deux lignes rouges que même les défenseurs habituels de la liberté de ton peinent à justifier.

D’abord, la référence animale. Comparer un élu à un rat n’est pas une métaphore anodine dans l’histoire politique française. Le terme renvoie à une rhétorique de déshumanisation que la gauche elle-même a longtemps dénoncée lorsqu’elle visait ses propres camps.

Le fait que Philippe Juvin, élu LR, soit celui qui a formulé le rappel historique le plus net montre que le malaise dépasse le clivage RN contre reste du champ politique.

Ensuite, l’angle de l’orientation sexuelle. Ameziane a tenté de retourner l’argument du paradoxe : un homosexuel au RN serait contradictoire.

L’argument, déjà éculé, se retourne contre son auteur. En faisant de l’homosexualité un ressort comique et en la liant à une supposée laideur rédhibitoire, il reprend exactement le procédé qu’il prétend combattre.

La pirouette sur la thérapie de conversion a d’ailleurs été perçue comme particulièrement maladroite, car elle instrumentalise une souffrance réelle pour servir une punchline.

Pour Radio France, l’enjeu est institutionnel. Le groupe est régulièrement accusé par le RN et par une partie de la droite de partialité.

Chaque dérapage non recadré en direct alimente le discours sur la privatisation de l’audiovisuel public, déjà relancé par Jordan Bardella après l’affaire. L’absence de réaction en studio, pointée par Tanguy, pèsera dans l’examen de l’Arcom, qui devra arbitrer entre humour, liberté d’expression et respect de la personne.

Enfin, l’affaire illustre une stratégie assumée du RN : transformer chaque attaque personnelle en preuve du sectarisme supposé des médias. En appelant ses soutiens à saisir massivement le régulateur avec un tutoriel, Tanguy ne cherche pas seulement réparation, il documente un dossier politique.

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