vendredi, 4 septembre Magazine

PARIS, 3 septembre (Le Parisien Matin)François Hollande a détaillé près d’une centaine de propositions dans son nouveau livre « Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche » publié chez Robert Laffont, tout en refusant de se déclarer candidat à la présidentielle.

L’ancien président, qui avait renoncé à se représenter en 2017 au vu de son impopularité, affirma qu’il fallait « changer de méthode, de perspectives et d’ambition », selon François Hollande.

Une candidature non déclarée mais déjà en mouvement

Le député de Corrèze indiqua qu’il ne dirait ses intentions qu’en décembre. Il refusa de participer à une primaire de la gauche, espérant se poser en recours en cas d’effondrement du vainqueur.

Il fut pourtant déjà en campagne. Il débattit récemment avec Edouard Philippe et apparut aux journées d’été du PS à Blois. Il fut attendu à la foire de Châlons-en-Champagne puis à la fête de la rose de Frangy-en-Bresse, avant une série de dédicaces.

Sur France Inter, il expliqua que « L’enjeu, c’est d’unir les Français », face à la bipolarisation entre « des extrêmes qui jouent la division », selon François Hollande. A Blois, il glissa qu’« il va falloir aller au-delà des formations politiques », selon François Hollande, théorisant la nécessité de « l’union sacrée des démocrates ».

Retraites et capitalisation, la rupture principale avec le PS

Sur la taxe Zucman pour les ultra-riches, il estima que c’était « un slogan. Pas une réponse », selon François Hollande. La divergence fut plus nette sur les retraites.

Alors que le PS défendit un retour à 62 ans, il proposa de fixer l’âge légal à 63 ans puis d’allonger progressivement la durée de cotisation. Il justifia que « L’âge pivot doit tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie et être corrigé en permanence », selon François Hollande.

Il voulut aussi « limiter à 1% pendant cinq ans l’indexation des pensions, ce qui procurerait un gain équivalent au report d’un an de l’âge de départ » et « ajouter une part de capitalisation » contrôlée par les partenaires sociaux, selon François Hollande.

La réaction fut immédiate au PS. « Vous ne me trouverez pas aux côtés de ceux qui défendent ce modèle », déclara Olivier Faure à Blois.

Pouvoir d’achat : le pari salarial et fiscal

Pour améliorer la feuille de paie, il suggéra d’« augmenter le salaire net en diminuant les cotisations salariales », selon François Hollande. La perte pour la Sécurité sociale serait compensée par un prélèvement sur le capital.

Il évoqua une « progressivité de la taxe sur les revenus financiers » et « un relèvement progressif de 20 à 24% du taux normal de la TVA », selon François Hollande. Cette dernière fut qualifiée par Olivier Faure de « l’impôt le plus injuste ».

Ce système permettrait de « relever les salaires d’environ 10% pour tous », selon François Hollande. Pour en atténuer le coût, il proposa de supprimer la TVA réduite à 5,5% sur l’alimentaire et les travaux énergétiques, et de façon ponctuelle sur les carburants. Il souhaita aussi réduire les impôts de production en diminuant les aides aux entreprises.

Un positionnement jugé compatible avec le centre

Ce glissement fut relevé au centre. François Hollande « articule des idées qui sont plus compatibles qu’elles ne l’étaient » auparavant, reconnut François Bayrou.

« On a l’impression que c’est un candidat de centre-droit. C’est un positionnement intéressant », nota un cadre Horizons. Un candidat à la présidentielle estima pour sa part qu’il « parle quand même très à droite pour un candidat de gauche ».

L’ancien chef de l’Etat répondit « Je suis socialiste », selon François Hollande. Il conserva plusieurs mesures ancrées à gauche pour équilibrer son projet.

Il prévoyait de « mettre à contribution les gros héritages et les patrimoines supérieurs à 10 millions d’euros brut », de porter à 30% la représentation des salariés dans les conseils d’administration et de créer un chèque de 10.000 euros baptisé « entrée dans la vie » pour les jeunes effectuant un service civique, selon François Hollande.

Le pari d’un espace central orphelin

L’opération de François Hollande ne relève pas du simple livre-programme. C’est une tentative de prise de guerre d’un électorat sans domicile fixe.

L’ancien président a compris que la fin de cycle macroniste laisse un vide béant entre un bloc de gauche radicalisé et un bloc droitier tenté par la surenchère régalienne. Son calcul est froid : le Parti socialiste ne peut plus gagner seul, et le centre ne peut plus se régénérer seul.

En assumant la capitalisation et la désindexation partielle des pensions, il commet un parricide symbolique. C’est l’ADN de la gauche de gouvernement qu’il revisite, celui qu’il n’avait pas osé toucher à l’Elysée. Politiquement, le coût est immédiat – la rupture avec Olivier Faure est consommée – mais le bénéfice espéré est ailleurs.

Il parle désormais la langue d’Edouard Philippe sur l’économie et celle de François Bayrou sur les institutions, tout en gardant un filet de sécurité sociale avec la taxation des patrimoines à 10 millions.

Le risque est double. D’un côté, apparaître comme un homme du passé qui recycle ses renoncements en audace. De l’autre, se faire piéger par son propre calendrier.

En refusant la primaire et en attendant décembre, il mise sur l’effondrement d’autrui. C’est la stratégie du recours, qui ne fonctionne que si le chaos précède. Si la gauche trouve un candidat commun avant, son espace se referme. S’il se déclare trop tard, il passera pour diviseur.

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