PARIS, 8 septembre (Le Parisien Matin) – Yves Brunier, co-créateur et interprète du dinosaure orange Casimir, héros de L’Île aux enfants, est mort vendredi 4 septembre à l’âge de 83 ans. Sa famille a annoncé son décès mardi 8 septembre à l’AFP. Comédien et marionnettiste, il avait donné vie au célèbre monstre gentil devenu culte dans les années 1970-1980.
Le dinosaure qui a marqué une génération
De 1974 à 1982, Casimir a enchanté près de 1 000 épisodes de L’Île aux enfants, diffusée sur l’ORTF, puis Antenne 2, France 3 et TF1. Le personnage s’imposa avec sa silhouette rebondie de 157 cm de tour de taille, ses facéties et son langage enfantin.
Dans un communiqué, ses enfants ont salué un homme dont « Son humour irrévérencieux et son impertinence poétique continuent de nous accompagner ».
Un costume de dix kilos et une recette culte
Le dinosaure fut créé avec Christophe Izard, concepteur de programmes jeunesse mort en 2022. Yves Brunier se glissait sous une épaisse combinaison en mousse et tissu jersey pesant près de 10 kg pour lui prêter corps et voix. Une photo le montra en 2014 dans son jardin de Saint-Maur-des-Fossés posant avec la tête du costume.
Gourmand, le monstre gentil voua un culte au gloubi-boulga, mélange de confiture de fraises, de bananes écrasées, de chocolat râpé, de moutarde et de saucisse. Pas moraliste mais naïf et parfois de mauvaise foi, il se résumait selon Yves Brunier en trois mots :
« gaffeur, gourmand, gentil ».
Une ambition pédagogique prévue pour un mois
L’Île aux enfants se voulait « pédagogique et ludique », expliqua Yves Brunier à l’AFP en 2014, à l’occasion des 40 ans du programme. Il défendit un personnage qui portait des valeurs d’apprentissage et d’ouverture pour des générations d’enfants.
« Bien que Casimir soit un monstre, il avait la psychologie de son public : il faisait les bêtises que les enfants rêvaient de faire, il leur permettait de développer leur langage, parlait de protection de l’environnement, de tolérance ».
Affirma Yves Brunier.
En 2024, pour les 50 ans de Casimir, il confia dans un reportage de France 2 que les créateurs pensaient garder le personnage « trois ou quatre semaines » seulement.
Pourquoi Casimir ne meurt jamais vraiment
Casimir n’a jamais été un simple costume. A une époque où la télévision jeunesse alignait des présentateurs en pull-over, Yves Brunier inventa un corps. Les 10 kilos de mousse, la démarche dandinante, la voix un peu nasillarde, c’était du théâtre physique avant l’heure, proche du clown et de la marionnette habitée.
Son génie tint à son défaut de fabrication assumé. Alors que les héros éducatifs se voulaient exemplaires, Casimir était faillible, gourmand, de mauvaise foi. C’est précisément cette imperfection qui le rendit crédible aux yeux des enfants. Il ne donnait pas de leçons, il les vivait.
Il y a aussi le gloubi-boulga. Cette recette absurde est devenue un mème analogique, cinquante ans avant les réseaux sociaux. Chaque famille française a tenté, au moins une fois, de reproduire l’immonde mélange. C’est une madeleine de Proust collante et sucrée.
Enfin, Brunier porta sans le revendiquer des thèmes devenus centraux : tolérance, écologie, langage. L’Île aux enfants ne parlait pas de développement durable, elle montrait un monstre qui respectait les autres monstres. C’est pour cela que le deuil dépasse la nostalgie. Il referme une parenthèse où l’on faisait confiance à un dinosaure orange pour élever les enfants.


