LIMOGES, 8 septembre (Le Parisien Matin) – La gestion d’un cas d’hantavirus des Andes au CHU a déclenché une polémique après un délai de deux semaines pour obtenir un résultat. Un adolescent franco-argentin s’est présenté le 23 juillet pour une fatigue intense et une brève perte de connaissance, avant de circuler librement entre la Normandie et l’Espagne.
Un test resté quinze jours sans réponse
En vacances entre la France et l’Espagne, le jeune patient s’est vu prescrire un test PCR recherchant plusieurs virus, dont l’hantavirus des Andes. Non isolé pendant l’attente, il a poursuivi son voyage, rendu visite à ses proches, puis rejoint l’Espagne.
Le test est revenu positif le 5 août.
« La sérologie initiale ne permettait pas d’assurer à elle seule le diagnostic ».
A justifié Didier Lepelletier, évoquant une validation nécessaire par le centre national de référence.
Un retard qui a laissé toute une chaîne de contacts hors du radar sanitaire.
45 personnes confinées en urgence
Une fois le diagnostic confirmé, les autorités ont identifié 45 cas contacts à haut risque, dont des proches et des soignants du CHU. Tous ont été confinés à domicile.
Le grand-père de l’adolescent, 85 ans et atteint d’une maladie neurodégénérative, a été séparé dix jours de son épouse qui lui rendait visite chaque jour en Ehpad. Dix membres du personnel du CHU ont aussi été confinés en pleine canicule, obligeant à remplacer quatre infirmières en urgence.
150 autres personnes ont vu leurs déplacements interdits, tandis que 250 autres, voyageurs en train ou en avion et personnel navigant de la SNCF, ont été invitées à s’auto-surveiller.
Un diagnostic désormais contesté
Les personnes confinées ont été déconfinées, mais certaines ont subi des pertes financières liées à leur isolement. Les salariés concernés attendaient toujours un document de l’Assurance maladie pour leur employeur, sans réponse de l’État à leurs demandes d’aide selon les informations rapportées.
De retour en Argentine, l’adolescent a été retesté par l’Institut Malbran. Les biologistes n’ont détecté aucun anticorps et ont estimé qu’il n’aurait pas eu l’hantavirus. En France, l’Institut Pasteur a avancé l’hypothèse d’une « virémie transitoire » pouvant expliquer un PCR positif sans anticorps détectables.
Un système grippé par l’exceptionnel
Ce qui frappe dans l’affaire de Limoges, ce n’est pas une erreur médicale isolée, c’est l’engrenage d’un système conçu pour les pathogènes courants qui se retrouve paralysé face à l’exceptionnel.
L’hantavirus des Andes est une rareté en métropole. Sa particularité – être le seul hantavirus à transmission interhumaine possible – impose en théorie le principe de précaution maximal. Mais en pratique, sa rareté même a joué contre la réactivité : un seul centre national de référence pour valider, un circuit d’envoi, une sérologie jugée insuffisante. Résultat : quinze jours de latence.
Le paradoxe est total. Pendant deux semaines, par crainte de sur-réagir sans confirmation, aucune mesure d’isolement n’a été prise. Puis, une fois le positif tombé, la machine s’est emballée à l’extrême : 45 confinements stricts, 150 interdictions de se déplacer, 250 personnes en auto-surveillance. Le tout pour un diagnostic aujourd’hui contredit par le laboratoire de référence argentin.
L’affaire rappelle les réflexes post-Covid : identifier, tracer, confiner. Mais sans les outils du Covid – test rapide, protocole gradué, justificatif d’arrêt immédiat. Les salariés du CHU confinés en pleine canicule et le grand-père séparé de son épouse en Ehpad illustrent le coût humain d’une doctrine du tout ou rien.
La question n’est pas seulement virologique. Elle est logistique : faut-il un isolement préventif pour toute suspicion de pathogène émergent ? Et administrative : comment indemniser vite des personnes confinées sur simple suspicion ? Limoges révèle un angle mort entre veille sanitaire et réalité de terrain.


