LONDRES, 22 juin (Le Parisien Matin) – Le Royaume-Uni et la France ont officiellement convenu de réviser les modalités de leur traité migratoire bilatéral, surnommé « un entrant, un sortant », afin de colmater une faille juridique permettant à des migrants expulsés de revenir illégalement sur le territoire britannique.
Cette décision fait suite à des préoccupations croissantes concernant l’exploitation de cette convention par des réseaux de passeurs organisés.
Le traité initial, signé en juillet dernier par le Premier ministre Keir Starmer et le président Emmanuel Macron, prévoyait que tout demandeur d’asile arrivant au Royaume-Uni par une petite embarcation puisse être renvoyé en France. En contrepartie, le Royaume-Uni acceptait un nombre équivalent de demandeurs d’asile présents sur le sol français. Toutefois, la réalité opérationnelle a révélé des vulnérabilités majeures exploitées par les organisations criminelles.
La faille exploitée par les passeurs
Le mécanisme de renvoi ne s’appliquait strictement qu’aux migrants arrivant par la mer. Les groupes criminels ont rapidement compris qu’ils pouvaient contourner cette contrainte en interceptant les personnes expulsées peu après leur arrivée dans les centres d’hébergement parisiens. Sous la contrainte, ces individus étaient alors acheminés vers le Royaume-Uni par des voies terrestres, dissimulés dans des camions.
En entrant sur le territoire britannique par la route et non par une embarcation, ces migrants échappaient aux clauses du traité initial, rendant impossible leur ré-expulsion immédiate. Selon des témoignages recueillis, les passeurs surveillent activement les refuges désignés par les autorités françaises pour capturer les migrants dès leur sortie.
Une personne ayant subi ce processus a témoigné de cette situation périlleuse :
« Ils m’ont attrapé près du refuge et m’ont renvoyé au Royaume-Uni de force dans un camion. Les passeurs ont des armes, ils contrôlent tout, nous devons essayer de rester en vie. »

Une nouvelle classification juridique
Pour mettre fin à ces pratiques, la ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a finalisé un accord avec son homologue français, Laurent Nuñez. Il s’agit désormais d’instaurer une nouvelle catégorie administrative baptisée « dossier de retour ». Cette classification permet aux autorités britanniques d’expulser tout migrant revenant illégalement, quel que soit son mode d’entrée, y compris par voie terrestre.
Le ministère de l’Intérieur britannique a confirmé que cet ajustement vise explicitement à dissuader les retours clandestins. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord le 6 août dernier, 921 migrants arrivés par petites embarcations ont été transférés vers la France, représentant environ 3,5 % du total des arrivées sur la même période. En retour, le Royaume-Uni a accueilli 896 demandeurs d’asile en provenance de France.
Prolongation du programme pilote
Initialement conçu comme une phase expérimentale devant prendre fin le 11 juin, le programme est prolongé jusqu’au 1er octobre. Cette extension doit permettre d’évaluer l’efficacité des nouvelles mesures durant la période estivale, où les tentatives de traversée sont historiquement plus nombreuses. Les autorités des deux pays envisagent une pérennisation du dispositif si les résultats s’avèrent probants.
Malgré la baisse des traversées par la Manche constatée cette année, les autorités restent vigilantes quant aux flux migratoires sous radar. Les rapports officiels indiquent que, bien que les expulsions soient en hausse de 41 % par rapport à la période précédente, les réseaux de passeurs continuent d’adapter leurs tactiques. Le gouvernement britannique souligne que cette coopération constitue une avancée nécessaire pour garantir l’intégrité de ses frontières dans un contexte post-Brexit.


