MADRID, 8 août (Le Parisien Matin) – L’Espagne a introduit samedi de nouveaux contrôles aux frontières pour les voyageurs arrivant d’Italie, dans un mouvement de réciprocité qui a fait escalader un différend migratoire entre les deux pays membres de l’Union européenne.
Une mesure de rétorsion réciproque
Le dispositif espagnol restera en vigueur jusqu’au 7 septembre. Le ministère de l’intérieur espagnol a justifié la mesure comme une réponse à la « pression migratoire irrégulière persistante » qui a affecté le pays.
Cette décision est intervenue quelques heures après que l’Italie eut elle-même rétabli des contrôles à ses frontières aériennes et maritimes pour toutes les arrivées en provenance d’Espagne. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a accusé le gouvernement de gauche espagnol de faiblesse en matière d’immigration.
Rome a également pointé une récente décision de la Cour suprême espagnole qui a limité les expulsions maritimes immédiates. L’Italie a imposé ses contrôles pour une durée d’un mois.
Le ministre de l’intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, a fermement rejeté les critiques de Rome. Il a affirmé que l’incident de Ceuta n’avait jamais compromis la sécurité intérieure de l’espace Schengen.
La ruée vers Ceuta comme catalyseur
La friction actuelle a trouvé son origine directe dans une crise soudaine à la frontière extérieure de l’UE. Entre 70 000 et 72 000 migrants ont tenté de franchir le périmètre de l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, depuis le Maroc.
De nombreux migrants ont tenté de contourner à la nage les barrières côtières fortifiées sur plusieurs kilomètres. Cette tentative a provoqué un drame humanitaire, avec des dizaines de personnes noyées en mer.
Des experts et des rapports de renseignement ont suggéré que les forces frontalières marocaines avaient délibérément assoupli leurs points de contrôle. Cette tactique a historiquement été utilisée par le Maroc comme levier diplomatique contre l’Espagne.
Le Maroc a de son côté attribué cette ruée à la diffusion virale de désinformation sur les réseaux sociaux. Soutenues par les autorités marocaines, les forces de sécurité espagnoles ont rapidement escorté la grande majorité des individus de l’autre côté de la frontière.
Les autorités ont précisé que pratiquement aucun des migrants n’avait atteint le territoire continental espagnol.
Un espace Schengen sous pression
Malgré le confinement de la crise à la frontière extérieure, ses répercussions politiques ont fortement fragilisé la zone de voyage sans passeport de l’espace Schengen.
Au-delà du face-à-face italo-espagnol, d’autres États membres ont durci leur position. La France et le Danemark ont unilatéralement renforcé leur propre surveillance frontalière.
Ces deux pays ont vivement critiqué la politique migratoire globale de l’Union européenne. Leur durcissement a illustré un glissement plus large vers une remise en cause du système d’ouverture des frontières intérieures.
La Commission européenne a considéré l’événement comme un test de résistance critique pour le bloc. L’exécutif européen a observé que le système d’ouverture des frontières intérieures s’était durci.
Les ministres de l’intérieur de l’UE ont convoqué une réunion d’urgence pour examiner les retombées politiques et les failles de sécurité mises au jour par la vague migratoire de Ceuta.


