mercredi, 2 septembre Magazine

RŒUX, 1er septembre (Le Parisien Matin) – Un adolescent de 13 ans prénommé Justin a été mortellement percuté par un TER le dimanche 30 août aux alentours de 20 heures. Il circulait à trottinette avec un groupe de jeunes lorsqu’il a tenté de franchir le passage à niveau de la départementale reliant Rœux à Plouvain, près d’Arras.

Le déroulement de l’accident

Selon les premiers éléments dévoilés par la préfecture, Justin se trouvait avec trois à cinq autres jeunes. Le groupe s’est engagé sur les voies malgré la signalisation annonçant l’arrivée d’un train.

Ses camarades ont traversé à temps. L’adolescent n’a pas eu le temps d’achever sa traversée et a été fauché. Malgré l’intervention des secours, il n’a pas pu être sauvé.

Le conducteur du TER n’a pas pu éviter la collision.

Le fonctionnement des barrières s’est posé après le drame. Les premières constatations ont écarté tout dysfonctionnement.

« À ce stade, les premières investigations donnent à penser que les barrières ont correctement fonctionné ».

Précise Sylvain Barbier Sainte Marie.

Le procureur d’Arras a indiqué que la signalisation était en marche et que les barrières étaient abaissées. Le dispositif ne comportait pas de double barrière, ce qui permet de le contourner en slalomant, un point qui alimente le débat parmi les riverains.

L’enquête judiciaire

Une enquête a été ouverte dès dimanche soir. Elle a été confiée à la gendarmerie de Vis-en-Artois avec l’appui des techniciens de l’identification criminelle.

Les investigations cherchent à établir pourquoi le groupe s’est engagé sur les voies alors que le passage était fermé. La piste accidentelle restait privilégiée deux jours après les faits.

Justin était scolarisé au collège de Biache-Saint-Vaast. L’annonce de son identité, révélée par La Voix du Nord, a amplifié l’émotion dans le village.

Une cellule d’écoute psychologique a été ouverte lundi au sein de l’établissement pour accompagner ses camarades et les élèves. Les hommages se sont multipliés, tandis que le club de football local a préparé un hommage.

Ce que ce drame dit de la sécurité des passages à niveau

Au-delà de l’émotion, la mort de Justin remet au centre une équation connue des spécialistes de la sécurité ferroviaire : une infrastructure aux normes mais contournable, et un usage juvénile des mobilités douces.

Le passage à niveau de Rœux est équipé de demi-barrières simples. Réglementaire et entretenu, il répond aux exigences de sa catégorie. Dans les faits, cette configuration laisse un interstice physique et psychologique : on peut passer en slalomant.

C’est légalement interdit, mais matériellement possible, contrairement aux doubles barrières à quatre demi-barrières qui ferment totalement la chaussée. Beaucoup de communes rurales ont conservé ce modèle pour des raisons de coût, de trafic et de délais d’évacuation des véhicules.

Le second facteur est comportemental. À 13 ans, à trottinette, en groupe, la perception du risque est diluée. Le phénomène de groupe pousse à suivre le premier qui s’engage.

La signalisation sonore et lumineuse est perçue comme un avertissement négociable, pas comme une interdiction absolue. Les services de prévention de SNCF Réseau le rappellent chaque année : plus de 90% des accidents à un passage à niveau sont liés à un non-respect du Code de la route, non à une panne.

Reste la question de la sécurisation à venir. Faut-il généraliser les doubles barrières, installer de la vidéoprotection pédagogique ou des radars de franchissement ? Ou renforcer l’éducation dans les collèges, là où trottinettes et vélos électriques ont banalisé la vitesse sans la conscience du freinage ? Le drame de Rœux ne relève pas d’une défaillance technique isolée, mais d’une vulnérabilité systémique que les riverains avaient déjà identifiée.

Partager.