En Afrique du Sud, des associations ont dû attaquer l’État en justice pour garantir aux manchots du Cap un accès suffisant… à leur propre poisson. C’est un drame écologique qui voit des joutes administratives interminables.
Des manchots en nage
Les manchots du Cap sont une espèce en danger critique d’extinction en Afrique du Sud. Leur principal problème : ils ne trouvent plus assez de poissons (anchois et sardines), car la pêche industrielle les prive de leur nourriture près des côtes où ils vivent et se reproduisent.
Depuis 2008, des scientifiques dont Dr Rob Crawford ont commencé des expérimentations pour voir si fermer certaines zones de pêche près des colonies de manchots pouvait les aider.
Les premiers résultats ont montré que oui, fermer ces zones augmentait leur survie et leur reproduction. De nombreuses études comme celle de Richard Shirley en 2018 ont confirmé ces bénéfices.
Malgré cela, il n’y avait toujours pas de décision officielle pour fermer durablement ces zones, car les pêcheurs industriels s’y opposaient, par crainte des pertes économiques.
Une vraie question se pose alors : Peut-on faire un pied de nez aux espèces en danger si cela rapporte plus? Bien sûr, la communauté scientifique dit que non.
Le gouvernement rentre dans cette histoire
Pour le gouvernement d’Afrique du Sud, il s’agit de trouver un compromis. En 2021, il organise des négociations pour trouver un compromis sur quelles zones fermer et comment limiter l’impact sur la pêche. L’échec est total : aucun accord n’a été trouvé.
Pour contrer cette situation, les scientifiques font appel à un panel international en 2023 : Ce panel a réévalué la situation et confirme que fermer ces zones aide vraiment les manchots et qu’il faut des fermetures d’au moins 10 ans, car un manchot commence à se reproduire vers 4-6 ans et vit environ 10 ans.
La ministre Barbara Creecy a annoncé des fermetures pour 10 ans… mais a laissé aux pêcheurs et écologistes le soin de définir quelles zones exactement fermer. Même si les manchots, eux, ont été classés “en danger critique d’extinction”, avec une possible disparition d’ici 2035 si rien n’est fait, aucun accord n’est trouvé en 2023.
Il a fallu amener cette histoire devant la justice!
En 2024, faute de solutions rapides, BirdLife South Africa et SANCCOB (une ONG de protection des oiseaux) ont attaqué le gouvernement en justice et ont été soutenus par le Biodiversity Law Center.
Ils demandaient des zones de pêche interdites claires et immédiates pour sauver l’espèce.
En mars 2025, ils obtiennent gain de cause et juste avant le procès, un compromis a été accepté. Des zones de pêche interdites autour des six colonies principales de manchots ont été définies et ces fermetures dureront 10 ans, avec un bilan après 6 ans,
Comme quoi, menancer quelqu’un d’un procès peut être utile.
Le témoignage d’un écologiste marin qui a vécu cette affaire
Le Dr Alistair McInnes, écologiste marin et responsable de la conservation des oiseaux marins à BirdLife South Africa, revient sur cette histoire abracadabrantesque : « Cela a été un long processus. Il a fallu 14 ans de recherches et d’expérimentations pour prouver l’impact positif des zones de fermeture à la pêche sur les manchots du Cap.
Pourtant, malgré ces preuves scientifiques, les négociations entre pêcheurs industriels et écologistes ont échoué en 2021 et 2022, ce qui a laissé un vide qui nous a forcés à porter l’affaire devant la justice en 2024. »
Son témoignage montre deux éléments qui rendent cette histoire intéressante:
- La lenteur administrative, pire qu’en France : malgré des données scientifiques claires, il aura fallu près de quinze ans pour transformer des résultats d’expérimentations en décisions politiques.
- L’importance des compromis : Dr McInnes a parlé de la difficulté à trouver un accord qui « maximise les bénéfices pour les manchots tout en minimisant les pertes pour la pêche ». Un vrai exemple de la difficulté de concilier économie et écologie.
Finalement, après des années de rapports, de réunions et de menaces d’extinction, la justice a tranché en faveur des manchots, parce que les gains financiers peuvent revenir mais pas une espèce disparue.


