KIEV, 22 juillet (Le Parisien Matin) – Le nouveau commandant en chef des forces armées ukrainiennes a annoncé un changement de cap stratégique majeur. Mykhailo Drapatyi, nommé mardi par Volodymyr Zelensky, affirme avoir reçu pour mission d’intensifier les actions de contre-offensive et de lancer de nouvelles opérations à l’intérieur du territoire russe. Cette déclaration marque le début d’une nouvelle phase pour l’armée ukrainienne, qui cherche à reprendre l’initiative après des mois de combats d’usure.
Un remaniement historique pour l’armée ukrainienne
La nomination de Drapatyi, 43 ans, en remplacement d’Oleksandr Syrskyi, 60 ans, constitue le plus important bouleversement militaire depuis le début de l’invasion russe de 2022. Elle intervient après le limogeage du ministre de la Défense Mykhailo Fedorov, 35 ans, réformateur reconnu pour son expertise technologique et sa vision moderne du champ de bataille numérique.
Son départ a révélé de profondes divisions au sein de la direction de la défense, jusqu’alors contenues. Yevhenii Khmara a été nommé ministre par intérim dans l’attente d’une désignation définitive. Ce double changement traduit la volonté du pouvoir de reprendre l’initiative politique et militaire à un moment charnière du conflit, alors que l’opinion publique réclame plus d’efficacité.
Cap sur les opérations en Russie
Mercredi sur Facebook, le général Drapatyi a détaillé la feuille de route fixée par le chef de l’État. Les priorités incluent l’intensification des opérations offensives dans tous les domaines, la planification d’actions derrière les lignes ennemies et le développement technologique des forces. L’unique citation de son message résume l’ambition :
« Le président de l’Ukraine nous a fixé des objectifs clairs : poursuivre et intensifier les opérations offensives dans tous les domaines, planifier de nouvelles opérations derrière les lignes ennemies, développer notre armée et ses technologies, et renforcer les capacités des Forces armées ukrainiennes ».
Cette ligne confirme une stratégie déjà visible cette année avec la multiplication des frappes ciblées contre les infrastructures énergétiques et logistiques russes pour affaiblir durablement l’effort de guerre de Moscou et désorganiser ses chaînes d’approvisionnement.
Une nouvelle génération à la tête de l’état-major
Décrit comme un officier respecté et expérimenté, Mykhailo Drapatyi incarne une nouvelle génération de chefs militaires formés au combat depuis 2014. Son prédécesseur Oleksandr Syrskyi était critiqué pour un style de commandement jugé rigide et vertical, accusé par certains soldats d’avoir provoqué des pertes humaines injustifiées. Des manifestations rares en temps de guerre ont eu lieu à Kiev et dans d’autres villes pour réclamer son départ et le retour de Fedorov.
Le soutien populaire au changement s’est exprimé jusque dans la rue, signe d’une société civile toujours mobilisée. Pour accompagner la transition, le général major Ihor Skybiuk, ex-commandant des forces d’assaut aérien réputé pour son expérience opérationnelle, deviendra chef de l’état-major général. Sur X, Syrskyi a défendu son bilan, évoquant plus de 700 kilomètres carrés repris cette année et une armée capable de tenir la défense tout en gardant l’initiative offensive.
Défis politiques et avenir de la contre-offensive Ukraine
Drapatyi prend ses fonctions dans un contexte extrêmement sensible, à la fois militaire et politique. Malgré un ralentissement des avancées russes, les troupes de Moscou continuent de pousser dans des secteurs stratégiques de l’est de l’Ukraine, où chaque localité fait l’objet de combats intenses. Sur le front intérieur, les tensions s’accentuent autour de la conduite de la guerre et de la question du recrutement. Zelensky a souligné sur X qu’un processus de mobilisation pratique et efficace constituait désormais une priorité absolue. Le sort de Fedorov reste incertain.
Il a salué la nomination de Drapatyi, alors que Zelensky lui aurait proposé un poste convenable dans l’appareil d’État, mais l’ex-ministre ne souhaiterait que retrouver son ancien portefeuille. Une source citée par Reuters juge sa réintégration peu probable. Interrogé sur le remaniement, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a estimé qu’il ne changerait pas la situation sur le champ de bataille, une lecture qui contraste fortement avec l’ambition affichée à Kiev de reprendre l’avantage stratégique.


