SÉOUL, 23 juillet (Le Parisien Matin) – La politique intercoréenne connaît une inflexion majeure. Le gouvernement sud-coréen a décidé d’abandonner sa doctrine historique exigeant une dénucléarisation préalable de la Corée du Nord pour engager le dialogue, au profit d’une stratégie dite de la paix d’abord, tout en conservant comme horizon final une péninsule coréenne exempte d’armes nucléaires.
Un changement de doctrine assumé
Le ministre de l’Unification Chung Dong-young a présenté cette réorientation lors d’un point presse jeudi. Selon son ministère, le temps joue contre la stabilité régionale et chaque mois perdu permet à Pyongyang de renforcer ses capacités. La Corée du Nord continue en effet de faire fonctionner des centrifugeuses dans ses installations souterraines d’enrichissement d’uranium ainsi qu’un réacteur producteur de plutonium sur le site de Yongbyon, tandis que sa capacité à produire des ogives ne cesse de croître.
Face à ce constat, Séoul estime que la priorité doit être donnée à un gel immédiat des activités nucléaires plutôt qu’à un démantèlement complet d’emblée. Le ministre résume ainsi la nouvelle ligne officielle :
« L’objectif ultime de la dénucléarisation n’a pas été abandonné, mais la dénucléarisation d’abord, si ».
Le ministre justifie ce choix par l’impasse totale des sept dernières années sans dialogue formel.
Un gel du programme comme première étape réaliste
Cette nouvelle approche répond à une impasse diplomatique qui dure depuis sept ans. Pour les autorités sud-coréennes, exiger un désarmement total comme condition préalable au dialogue a eu pour seul effet de bloquer toute discussion. En requalifiant son ambition autour de la construction d’une péninsule coréenne dénucléarisée, Séoul espère créer un cadre plus souple permettant des avancées concrètes.
L’idée est de stopper d’abord l’expansion de l’arsenal nord-coréen avant d’envisager des étapes plus ambitieuses. Cette stratégie progressive vise à éviter que Pyongyang ne profite de l’absence de négociations pour accroître sa puissance de frappe et consolider son statut de puissance nucléaire de fait.
Des gestes d’apaisement restés sans réponse
Malgré cette ouverture, la Corée du Nord reste pour l’heure fermée à toute reprise de contact. Le président sud-coréen Lee Jae Myung a multiplié les signes de bonne volonté depuis son arrivée, notamment en suspendant les diffusions par haut-parleurs à la frontière et en prenant des mesures pour limiter l’envoi de tracts de propagande par des militants civils.
Pyongyang a toutefois rejeté ces propositions, affirmant ne pas avoir d’intérêt pour le dialogue et accusant Séoul de poursuivre une politique de confrontation en maintenant son alliance étroite avec les États-Unis. Le ministre Chung estime néanmoins qu’il existe encore une demande stratégique pour des pourparlers, tant du côté nord-coréen que du côté américain, et évoque les futures rencontres attendues entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping comme des fenêtres d’opportunité que la diplomatie sud-coréenne doit préparer activement.
Vers une coexistence pacifique à deux États
Au-delà de la question nucléaire, Chung Dong-young propose également de repenser le cadre même de la relation intercoréenne. Fin 2023, le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un avait qualifié les deux Corée d’États hostiles distincts, rompant avec la vision traditionnelle d’une réunification inéluctable. Plutôt que de rejeter cette définition, le ministre sud-coréen suggère de s’en saisir pour construire une relation pacifique à deux États, envisagée comme une phase de transition vers une réunification future.
Dans cette logique, il a proposé de désigner la Corée du Nord par le terme Choson, abréviation de son appellation officielle, au lieu de l’appellation habituelle utilisée au Sud. Une proposition qui fait actuellement l’objet de discussions entre experts et qui nécessitera, selon lui, un large débat public avant toute adoption.


