SIFNOS, 18 août (Le Parisien Matin) – Un hélicoptère privé s’est écrasé le lundi 17 août vers 18h15 sur l’île grecque de Sifnos, dans l’ouest des Cyclades, tuant ses trois occupants : un couple de jeunes mariés britanniques en voyage de noces et leur pilote.
L’appareil, un Bell 206 JetRanger immatriculé en Grèce et exploité par la compagnie charter Bellavia Aviation Services, assurait une liaison depuis Markopoulo, près d’Athènes. Il s’est écrasé à seulement 50 mètres de l’héliport de la zone de Tholos, sur un flanc de colline aride, avant de s’embraser immédiatement.
Les circonstances du drame
Selon les premiers témoignages, l’hélicoptère s’est mis à tournoyer de manière incontrôlable quelques secondes avant son atterrissage prévu. Vers 18h30, les pompiers furent alertés pour un début d’incendie provoqué par l’impact. Une alarme retentit sur l’île et les secours se rendirent sur place pour porter secours aux victimes et éteindre les flammes.
Les deux passagers furent identifiés comme Alexander Cromie, 31 ans, vice-président de la branche Private Wealth du géant américain Blackstone, et son épouse Marie Ebert, 30 ans, spécialiste senior au cabinet Bain & Company. Les deux entreprises publièrent des communiqués exprimant leur profond choc.
Le pilote était Giorgos Raikos, 55 ans, citoyen grec et ancien officier de l’armée de l’air décrit comme très expérimenté. Il avait été embauché par la compagnie privée depuis deux mois à peine.
Des témoignages sur les lieux
Le député-maire de Sifnos, Manolis Fountoulakis, arrivé quelques minutes après le drame sur les lieux, a déclaré au média NewsIT qu’il « ne restait pratiquement rien » de l’appareil.
Il a ajouté :
« Il n’y avait qu’une masse informe à l’intérieur de laquelle devaient se trouver deux corps carbonisés ».
Le troisième corps fut retrouvé éjecté hors de la carcasse.
Manolis Fountoulakis a précisé :
« L’hélicoptère a eu une panne mécanique. Des habitants ont dit qu’il avait fait un bruit lourd, étrange comme un avion militaire ».
Plusieurs habitants dont les maisons se situaient à quelques dizaines de mètres rapportèrent aussi avoir vu de la fumée s’échapper de l’appareil alors qu’il était encore en l’air.
Les conditions météorologiques étaient parfaites et le vent quasi inexistant au moment des faits. L’Autorité de sécurité de l’aviation civile grecque dépêcha des enquêteurs sur l’île pour récupérer les composants clés de l’appareil.
Deux pistes furent évoquées par les médias locaux Ta Nea et I Kathimerini : une défaillance technique majeure au niveau du rotor arrière ou du moteur, et un malaise cardiaque soudain du pilote. Une vidéo de surveillance montrant une perte rapide d’altitude fut saisie par le ministère des Transports pour reconstituer la trajectoire.
Le Foreign Office britannique confirma être en contact étroit avec les autorités grecques et déployer un soutien consulaire aux familles des deux victimes au Royaume-Uni.
Le risque sous-estimé des liaisons charter dans les Cyclades
Ce drame remet en lumière une faille structurelle du transport aérien léger en Grèce. Chaque été, des dizaines de Bell 206 et d’appareils similaires assurent des navettes entre Athènes et les îles pour une clientèle fortunée qui veut éviter les ferries.
Ce marché, ultra-concurrentiel, repose sur de petites sociétés charter dont les flottes sont vieillissantes et dont la maintenance échappe en partie au contrôle régulier des grandes compagnies.
L’argument de la panne mécanique revient avec une régularité troublante. Le fait que le pilote, pourtant ancien militaire chevronné, n’ait été embauché que depuis deux mois pose la question de la familiarisation avec l’appareil et avec les héliports sommaires des îles, souvent de simples dalles de béton posées sur des collines arides, sans assistance au sol.
Le témoignage sur le bruit lourd et la fumée avant l’impact oriente clairement vers une défaillance du rotor anticouple, point faible historique du JetRanger.
Au-delà de l’émotion liée au profil des victimes, l’enquête devra déterminer si l’explosion du tourisme de luxe n’a pas fait baisser les exigences de sécurité.
La coïncidence avec le crash de deux hélicoptères bombardiers d’eau le 2 août à l’ouest d’Athènes, qui avait déjà coûté la vie à deux pilotes, donne le sentiment d’une série noire que les autorités grecques ne peuvent plus traiter comme une succession de cas isolés.


