28 juillet (Le Parisien Matin) – De la Finlande à l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, la guerre en Ukraine déborde désormais dans le ciel de l’Alliance.
Des drones militaires égarés, d’origine ukrainienne, s’invitent presque quotidiennement dans l’espace aérien de l’OTAN, forçant les armées à décoller en urgence et les populations à se mettre à l’abri.
Une série d’incursions qui fait vaciller un gouvernement
Tout commence le 25 mars, lorsque deux drones traversent la Russie pour frapper la cheminée de la centrale d’Auvere en Estonie et s’écraser en Lettonie.
Quatre jours plus tard, la Finlande déploie ses chasseurs F/A-18 dans le sud-est après une violation de son espace aérien.
L’un des appareils est identifié comme un drone ukrainien AN-196. Le phénomène s’accélère début mai avec l’explosion d’un drone sur un dépôt pétrolier à Rezekne, en Lettonie.
L’incident coûte son poste au ministre de la Défense Andris Spruds, puis provoque la chute de la Première ministre Evika Silina après le retrait de son parti de la coalition.
Le 15 mai, Helsinki ordonne à 1,8 million d’habitants de rester confinés et suspend son trafic aérien, tandis que le 20 mai, Vilnius déclenche une alerte aérienne générale, interrompt ses vols et ses trains et envoie les écoliers et même les parlementaires dans les abris.
Guerre électronique au cœur du chaos
Cette dérive n’est pas une attaque intentionnelle contre l’OTAN. Elle résulte d’une bataille invisible.
D’un côté, l’Ukraine intensifie ses frappes longue portée contre les terminaux pétroliers russes de la Baltique.
De l’autre, Moscou riposte par un brouillage électronique massif, du spoofing GPS et du piratage de signal.
Aveuglés, privés de navigation, les drones manquent leur cible et poursuivent leur route à l’aveugle jusqu’à franchir les frontières de l’Alliance.
Civils confinés et chasseurs de l’OTAN en alerte
Si le président finlandais Alexander Stubb assure qu’il n’existe pas de menace militaire directe, le coût psychologique et économique est immense.
Les 21 mai et 3 juin, la Lettonie demande à nouveau à ses riverains de la frontière russe de se mettre à l’abri pendant que des chasseurs de l’OTAN patrouillent.
Le 19 mai, un appareil roumain de l’OTAN abat un drone au-dessus de l’Estonie. Le 8 juin, c’est un Rafale français qui intervient dans le ciel letton.
Les touristes annulent leurs séjours dans les zones frontalières et les autorités finlandaises finissent par imposer début juillet une série de restrictions aériennes et maritimes le long de la côte sud.
Une réponse commune à 50 millions d’euros
Face à cette menace hybride, les quatre pays changent d’échelle.
Helsinki, Tallinn, Riga et Vilnius investissent 50,2 millions d’euros dans un bouclier anti-drones intégré, avec radars partagés, capteurs renforcés et communication en temps réel entre garde-frontières.
Une mesure jugée indispensable pour sécuriser le flanc nord-est de l’Europe, comme l’a résumé l’armée finlandaise le 28 juillet :
« afin de garantir que les autorités puissent opérer si des drones s’égarent dans la zone ».


