GAZA, 28 juillet (Le Parisien Matin) –Dans le quartier de Zeitoun, à l’est de Gaza City, Assem Dawla charge des matelas et des sacs sur un camion. À quelques mètres, au milieu des gravats, des blocs de béton peints en jaune marquent la nouvelle limite de la zone militaire israélienne.
C’est la septième ou huitième fois depuis le début de la guerre qu’il doit fuir avec sa famille, poussé par un ordre d’évacuation et l’avancée de ce que les habitants appellent la ligne jaune.
Une frontière tracée dans les décombres
Cette démarcation est née du cessez-le-feu négocié sous médiation américaine en octobre. Elle devait figer les positions. Sur le terrain, elle est devenue mouvante.
Selon les habitants et les autorités locales, l’armée a fait glisser les blocs jaunes vers l’ouest ces derniers jours à au moins cinq endroits.
À Zeitoun, la ligne aurait atteint la rue Salah al-Din. Au nord, elle aurait progressé jusqu’à un kilomètre et demi autour du rond-point de Sheikh Zayed, près de Beit Hanoun et Beit Lahiya.
Des mouvements similaires sont signalés à Deir al-Balah, Khan Younis et au nord de Rafah.
Ce qui était présenté comme une zone tampon temporaire se transforme en infrastructure durable avec talus de terre, merlons de sable, miradors et barrières physiques.
En avril, Israël contrôlait déjà environ 64% de l’enclave, selon les estimations. Le premier ministre Benjamin Netanyahou a évoqué fin mai l’objectif de porter ce contrôle à 70%.
Pendant ce temps, près de deux millions de Gazaouis sont concentrés sur moins de 40% du territoire, le long d’une étroite bande côtière, dans des immeubles éventrés ou des abris de fortune.
Des alertes par SMS et par drone
Le mécanisme du déplacement est désormais rodé. Dans plusieurs secteurs touchés, des familles disent avoir reçu des avertissements par message texte ou par haut-parleurs montés sur drones avant de devoir repartir, souvent à la tombée de la nuit, avec ce qui restait d’un précédent déménagement, quelques couvertures, une marmite, un cartable d’enfant.
L’armée israélienne affirme de son côté que le marquage au sol vise à séparer clairement troupes et civils pour réduire les risques de contact et protéger Israël.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a indiqué le 20 juillet qu’un ordre de déplacement à Zeitoun avait forcé trente familles à quitter leurs tentes, ensuite détruites selon les habitants.
Pour ceux qui restent, s’approcher de la ligne lourdement surveillée fait peser un risque vital.
Une bande de terre qui rétrécit à vue d’œil
Pour la plupart des familles, chaque déplacement est une perte supplémentaire. On reconstruit un abri provisoire, on récupère ce qui peut l’être parmi les décombres, puis il faut tout remballer.
Le quotidien se résume à ce cycle, avec la peur de perdre l’accès à une terre agricole ou aux ruines de sa maison d’origine, désormais de l’autre côté des blocs.
L’avancée progressive est vécue sur place comme une annexion de fait qui redessine la carte sans traité, bloc après bloc, rue après rue, pendant que l’aide humanitaire peine à entrer et que les abris manquent partout.
Une seule phrase résume l’épuisement entendu sur la route de Zeitoun :
« Toute la guerre, ce n’est que des déplacements. On ne peut rester nulle part sans qu’on nous dise de partir. »


