WASHINGTON, 22 juillet (Le Parisien Matin) – Les services de renseignement américains s’interrogent à voix basse sur une série d’attaques sans précédent. Des drones iraniens ont frappé des installations liées à la CIA dans la région du Golfe, avec une précision qui a surpris les analystes et qui alimente désormais l’hypothèse d’une assistance russe, tant sur le plan du renseignement que sur celui de la technologie embarquée.
Une enquête confidentielle sur un appui extérieur
Quatre personnes familières des dossiers du renseignement américain indiquent que la communauté du renseignement cherche à déterminer si Moscou a fourni à Téhéran des données de ciblage ou une aide technique pour mener ces frappes. Les conclusions ne sont pas encore définitives, mais l’efficacité opérationnelle observée et la précision des impacts sont considérées comme des indices sérieux.
Cette enquête interne n’avait jusqu’ici jamais été rendue publique, alors même que Reuters et d’autres médias avaient déjà documenté un soutien russe plus large aux frappes iraniennes contre des cibles américaines dans le Golfe, un soutien que des responsables américains avaient fini par reconnaître.
Deux sites au moins touchés en mars
Selon les informations disponibles, au moins deux sites de la CIA ont été frappés en mars. Le premier se trouvait au sein même de l’ambassade américaine à Riyad, où est hébergée la station locale de l’agence. Le second était situé dans l’est de l’Irak. D’autres sources évoquent un bilan plus lourd, sans toutefois préciser les lieux exacts ni le nombre total d’installations concernées.
L’un des interlocuteurs parle d’un nombre supérieur à un et inférieur à une douzaine, un autre évoque plusieurs sites touchés sur la même période. Les implantations de la CIA à l’étranger comprennent les stations officielles abritées dans les ambassades, mais aussi des bureaux discrets, des planques, des plateformes logistiques et des sites de surveillance. Leur localisation reste l’un des secrets les mieux gardés du renseignement américain.
Le mode opératoire de Riyad interpelle
Le cas de Riyad concentre toutes les attentions. Deux responsables occidentaux présents dans le Golfe et briefés sur les rapports de renseignement décrivent une attaque menée avec deux versions améliorées par la Russie du drone iranien Shahed. D’après leur récit, le premier appareil a percé une partie vulnérable de l’enceinte extérieure de l’ambassade, créant une brèche. Le second s’est engouffré dans l’ouverture avant d’exploser à l’intérieur.
Aucun décès ni blessé n’a été signalé, mais le symbole est considérable et la méthode dénote un niveau de planification inhabituel. Ce mode opératoire en deux temps suppose une connaissance fine de la structure du bâtiment et de l’emplacement des bureaux sensibles.

La piste du système Kometa-M
Au-delà du ciblage, c’est la performance même des drones qui questionne. Les mêmes responsables occidentaux estiment que la Russie a aidé l’Iran à améliorer la portée de ses Shahed et soupçonnent que ce sont ces versions modifiées qui ont été utilisées à Riyad. Une autre source met en avant un élément technique précis, la fourniture du système de navigation par satellite Kometa-M. Ce dispositif russe serait nettement plus précis et plus résistant au brouillage que les systèmes produits localement par l’Iran.
Le Wall Street Journal avait révélé en mars cette livraison présumée. Le Kremlin avait alors démenti en qualifiant l’information de fausse nouvelle. Pour les analystes américains, cette amélioration expliquerait en partie la capacité des drones à atteindre des cibles aussi protégées et aussi discrètes.
Jordanie, un précédent qui fait craindre l’escalade
Les inquiétudes sur un appui russe en matière de ciblage se sont intensifiées ce week-end après une autre attaque dans la région. En Jordanie, des missiles balistiques iraniens ont frappé des baraquements d’une base aérienne américaine, tuant deux soldats. Si le soutien de Moscou à Téhéran est ancien et s’inscrit dans une relation stratégique étroite, le fait de viser directement des sites aussi sensibles de la CIA marquerait un franchissement de seuil.
Cela signifierait que la Russie serait disposée à aller plus loin dans la perturbation des opérations américaines, à un moment où Washington peine à mettre fin au conflit lié à l’Iran. Sollicitée, la Maison Blanche a renvoyé la demande de commentaire vers la CIA, qui a décliné. La mission iranienne auprès de l’ONU, le ministère russe de la Défense et le gouvernement saoudien n’ont pas répondu aux sollicitations.
Le sens d’un partenariat de plus en plus offensif
Les analystes restent partagés sur l’interprétation finale. Certains mettent en garde contre une lecture trop rapide et estiment que l’Iran aurait pu viser l’ambassade américaine dans son ensemble et toucher par hasard la station de la CIA. D’autres jugent cette coïncidence peu probable au regard de la précision constatée et soulignent que peu de pays disposeraient à la fois des moyens techniques pour collecter un renseignement aussi sensible et de l’intérêt stratégique à l’utiliser contre les États-Unis, hormis la Russie.
L’ancien chef de station de la CIA Daniel Hoffman résume ainsi la convergence d’intérêts entre les deux capitales,
« Ils partagent un intérêt commun à réduire ou éliminer l’influence américaine dans leurs propres sphères d’influence ».


