WASHINGTON, 22 juillet (Le Parisien Matin) – Le récit d’une victoire rapide contre Téhéran s’est effondré. Ce qui devait être une opération éclair voulue par le président Donald Trump s’est mué en un affrontement quotidien qui entre dans son cinquième mois, avec des frappes américaines menées pour la onzième nuit consécutive et des représailles iraniennes visant des cibles liées aux États-Unis en Jordanie et à Bahreïn. Sur le plan diplomatique, le blocage est total.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a estimé cette semaine que l’Iran n’était pas sérieux dans sa volonté de négocier, tandis que sur le terrain, la contagion régionale menace désormais les deux artères énergétiques les plus critiques de la planète.
Un conflit qui s’éternise et fauche des soldats américains
Le tribut humain pour les forces américaines ne cesse de s’alourdir. Selon les derniers bilans, dix huit militaires américains ont été tués depuis le début des opérations, après des attaques contre des bases au Moyen Orient, notamment en Jordanie et en Irak. Près de quatre cent trente autres ont été blessés, un chiffre qui témoigne de l’intensité des combats et de la vulnérabilité des installations avancées.
La fragile trêve évoquée au début du mois s’est brisée, laissant place à une routine meurtrière de frappes croisées. Si les pertes américaines restent limitées en comparaison du bilan global qui se compte en milliers de morts et en dizaines de milliers de blessés, principalement en Iran et au Liban selon les organisations de défense des droits et les ministères de la santé locaux, elles pèsent lourdement sur le moral et sur la perception de l’opinion publique américaine, qui découvre une guerre sans fin annoncée comme brève.
37,5 milliards de dollars déjà dépensés selon le Pentagone
Le coût financier du conflit est tout aussi vertigineux et beaucoup plus opaque. Interrogé par des parlementaires sceptiques, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a avancé le chiffre de trente sept virgule cinq milliards de dollars dépensés à ce jour, auquel s’ajoute une demande supplémentaire de près de quatre vingt dix milliards pour poursuivre l’effort. La méthode de calcul reste floue et l’absence de transparence alimente les critiques au Capitole.
Cette opacité nourrit la méfiance dans un Congrès déjà divisé sur la pertinence de poursuivre l’effort de guerre sans stratégie de sortie claire. La sénatrice démocrate Kirsten Gillibrand a résumé le sentiment d’une partie de l’hémicycle avec une formule restée dans les mémoires :
« La raison pour laquelle ils sont si remontés contre vous et cette administration, c’est que les mots que vous avez employés par le passé ne correspondent pas à la réalité ».
Une phrase qui illustre la fracture entre l’exécutif et le législatif sur la conduite de la guerre.

Le Pentagone à bout de souffle logistique
Au delà des chiffres, c’est la capacité même de l’armée américaine qui est mise à l’épreuve. Le Pentagone a averti que sans financement d’urgence, il devrait réduire les programmes d’entraînement et reporter des opérations de maintenance essentielles. Le chef d’état major interarmées, le général Dan Caine, a reconnu que le département peinerait à assurer à la fois la paie des soldats, l’entretien des équipements et les investissements futurs. Pour les alliés du Golfe qui misent depuis des décennies sur le parapluie sécuritaire américain, la question devient existentielle.
Combien de temps Washington peut il maintenir ce niveau d’engagement sans compromettre sa préparation globale. L’usure des stocks de munitions et d’intercepteurs de défense antiaérienne, qui ne se reconstituent pas en quelques semaines, inquiète particulièrement les planificateurs militaires qui voient leurs réserves stratégiques fondre à un rythme inédit.
Ormuz et mer Rouge au bord de la paralysie énergétique
Le conflit déborde désormais largement du théâtre iranien pour frapper le commerce mondial. Dans le détroit d’Ormuz, par où transite une part majeure du pétrole mondial, la pression iranienne ralentit les flux et fait grimper les prix. Le baril a atteint un plus haut de près de six semaines, avec des répercussions directes sur le prix de l’essence aux États Unis, repassé au dessus de quatre dollars le gallon. En mer Rouge, la menace est tout aussi tangible. Les rebelles houthis ont mis en garde contre toute navigation à destination des ports saoudiens, provoquant une vague de déroutements.
Mercredi, quatre pétroliers ont changé de cap, dont deux ont fait route vers le canal de Suez. Mardi déjà, trois pétroliers saoudiens chargés de brut à destination de la Chine et de l’Inde avaient fait demi tour au large du Yémen, tandis qu’un transporteur de véhicules en route vers Djeddah a renoncé à son trajet. Cette insécurité maritime force les armateurs à des détours coûteux et fait craindre une flambée durable des coûts logistiques pour les consommateurs américains.

La menace d’un second front au Yémen qui inquiète
C’est dans ce contexte qu’émerge le spectre le plus redouté par Washington, celui d’une guerre sur deux fronts. Plus de vingt navires de guerre américains et des centaines d’aéronefs sont déjà mobilisés pour le conflit iranien. Ouvrir un nouveau front contre les houthis au Yémen impliquerait de scinder des ressources déjà sous tension extrême. L’ancien responsable du Pentagone Jason Campbell a souligné que prendre en charge les deux théâtres obligerait à diviser des moyens pourtant robustes entre deux fronts actifs simultanés.
Une telle extension du conflit puiserait encore davantage dans des réserves de munitions et de systèmes de défense déjà diminuées, sans garantie de succès rapide. Elle exposerait aussi les forces américaines à des attaques asymétriques difficiles à anticiper et à contenir, au moment même où les chaînes d’approvisionnement militaire montrent des signes de faiblesse.
Un pacte nucléaire saoudien et un coût politique intérieur
Pendant que les opérations militaires s’intensifient, un autre dossier sensible avance en coulisses. L’administration Trump s’apprête à soumettre au Congrès un accord de coopération nucléaire civile avec l’Arabie saoudite. Selon des sources proches du dossier, le texte omettrait deux garde fous jugés essentiels, à savoir l’engagement de ne pas enrichir d’uranium surnommé Gold Standard et le protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique autorisant des inspections intrusives.
Le Congrès disposera de quatre vingt dix jours pour s’y opposer, mais les critiques alertent déjà sur les risques de prolifération, Riyad ayant affirmé par le passé qu’il chercherait à se doter de l’arme nucléaire si Téhéran y parvenait. À cela s’ajoute une dimension politique intérieure de plus en plus pesante. À quelques mois des élections de mi mandat, les démocrates marquent des points dans les sondages en reliant directement la guerre à la vie chère et à la flambée des carburants.
La guerre contre l’Iran n’est plus seulement une question de stratégie étrangère, elle est devenue un test de résistance pour l’économie américaine, pour la crédibilité de l’administration et pour la patience d’une opinion publique épuisée par les promesses non tenues.


