BEYROUTH, 27 juin (Le Parisien Matin) – Le Hezbollah a officiellement rejeté l’accord de sécurité négocié par les États-Unis entre le Liban et Israël. à Beyrouth, le chef de la milice, Naïm Qassem, a qualifié ce texte de « nul et non avenu » au lendemain de sa signature à Washington. Cette déclaration marque une rupture profonde dans le processus visant à mettre un terme aux hostilités qui ravagent la région depuis plusieurs mois.
Un refus catégorique du cadre sécuritaire
Pour les dirigeants du Hezbollah, cet accord constitue une atteinte directe à l’intégrité territoriale du pays. Le mouvement pointe particulièrement du doigt les conditions imposées pour le retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban. Selon les termes du document, ce retrait est désormais lié au désarmement de la milice chiite.
Naïm Qassem a fermement dénoncé cette clause lors d’une allocution publique : « Nous n’avons pas quitté le champ de bataille dans les circonstances les plus difficiles, et nous ne le quitterons pas. »
Le dirigeant estime que lier le départ des troupes israéliennes à la fin des activités armées du groupe légitime la présence militaire de l’État hébreu. Il considère que cette manœuvre franchit des lignes rouges inacceptables pour la souveraineté nationale.

Extension de la zone tampon et tensions
L’accord prévoit le maintien temporaire des forces israéliennes au sein d’une zone de sécurité élargie dans le sud du Liban. Cette disposition empêche, pour le moment, le retour de centaines de milliers de civils déplacés dans leurs foyers. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a salué ce cadre, confirmant que l’occupation d’une partie de la zone tampon est maintenue.
En parallèle, le Hezbollah s’oppose vivement à la création d’un comité international de surveillance placé sous l’égide des États-Unis. Le groupe perçoit cette instance comme une force de renseignement étrangère déguisée, venant s’immiscer dans les affaires sécuritaires locales. À la place, le mouvement privilégie le mémorandum d’entente conclu récemment entre l’Iran et les États-Unis, qu’il juge plus respectueux de l’intégrité libanaise.
Fractures politiques et troubles civils
L’annonce de cet accord a immédiatement provoqué des tensions au sein de la classe politique libanaise. Si certains responsables, comme l’ancien ministre de la Justice Ashraf Rifi, ont salué une volonté d’agir comme un État souverain, d’autres craignent un embrasement généralisé. Le mouvement Amal, présidé par le chef du Parlement Nabih Berri, a également fustigé un texte déséquilibré favorisant les intérêts israéliens.
La situation sur le terrain reste explosive. Des partisans du Hezbollah ont bloqué des axes majeurs menant à l’aéroport de Beyrouth, tandis que des pneus ont été brûlés en signe de protestation. Le procureur général libanais a dû ordonner aux forces de sécurité d’intervenir pour disperser les émeutes.
La violence persiste malgré les tentatives diplomatiques. Samedi, une frappe de drone israélien a visé Nabatieh al-Fawqa, une zone située en dehors du périmètre de contrôle annoncé officiellement. L’armée israélienne a confirmé l’opération, précisant cibler un individu considéré comme une menace immédiate. Le bilan humain du conflit s’alourdit chaque jour, avec plus de 4 192 morts et 1,2 million de personnes déplacées, plongeant le pays dans une crise humanitaire sans précédent.


