BORDEAUX, 26 juillet (Le Parisien Matin) – Ce dimanche, les incendies qui ravagent le Sud-Ouest depuis plusieurs jours ont progressé jusqu’aux portes de la métropole girondine, au cœur du vignoble le plus prestigieux de France. La fumée assombrit le ciel et l’odeur de brûlé s’infiltre déjà dans plusieurs quartiers, signe que la menace n’a jamais été aussi proche. Les autorités appellent à la vigilance absolue.
Bordeaux encerclée par les flammes
Le feu le plus violent s’est déclaré sur la presqu’île du Cap Ferret, destination prisée de la côte atlantique, avant de se propager aux forêts qui entourent Bordeaux. Les pompiers tentent de fixer les lisières pour empêcher les flammes d’atteindre les zones habitées. Le terrain est particulièrement difficile, avec une végétation desséchée et des vents imprévisibles qui attisent les foyers.
Le maire Thomas Cazenave a confirmé la proximité du danger avec cette alerte :
« Le feu se trouve à environ 15 kilomètres des entrées de la ville ».
Dans la nuit, les policiers ont mené des évacuations porte à porte à Marcheprime et à Cestas, guidant les habitants dans l’obscurité au milieu des sirènes.
Des évacuations massives de part et d’autre des Pyrénées
En France, environ 220 000 personnes ont déjà été déplacées par précaution, un bilan qui illustre l’ampleur de la crise. En Espagne, plus de 75 000 habitants ont dû fuir leur logement et 30 000 autres restent confinés chez eux, prêts à partir à tout moment.
Le Premier ministre Pedro Sanchez s’est rendu en Avila, au centre du pays, l’une des trois provinces les plus touchées avec Madrid et Tolède. Là, plus de 45 000 hectares ont déjà brûlé. Plus à l’est, dans la province de Castellon, un autre incendie a consumé 4 300 hectares et s’est engouffré dans le parc naturel de la Sierra de Espadan, joyau de pins et de chênes lièges. Les autorités locales évoquent un feu hors de contrôle, impossible à contenir en raison de la météo.

Sécheresse et canicule, un cocktail explosif
Ces feux s’inscrivent dans un contexte de sécheresse chronique et de canicules à répétition, que les scientifiques lient directement au dérèglement climatique. À Bordeaux comme à Avila, les maximales de juillet atteignent en moyenne 32 degrés, soit près de six degrés au-dessus des normales de la période 1961-1990. Les sols sont craquelés, les forêts transformées en combustible.
Les interventions au sol montrent leurs limites face à des flammes qui avancent par bonds, portées par des bourrasques. Chaque tentative de pare-feu est remise en cause par des reprises imprévisibles, épuisant des effectifs mobilisés sans relâche depuis des jours.
Solidarité européenne face à l’urgence
Le mécanisme européen de protection civile a été activé pour venir en aide à l’Espagne. La Grèce et l’Italie ont envoyé chacune deux Canadair, tandis que le Portugal a dépêché plus d’une centaine de militaires avec du matériel spécialisé. Deux avions supplémentaires fournis par la Turquie sont attendus rapidement.
Le gouvernement espagnol prévoit de déclarer mardi l’état d’urgence de protection civile dans les provinces du centre, afin de libérer des fonds pour les sinistrés. Depuis janvier, plus de 150 000 hectares sont partis en fumée en Espagne, six fois plus que l’an dernier à la même période. Pour Pedro Sanchez, l’intensification de ces catastrophes impose des politiques ancrées dans la science du climat.
L’Italie et l’Écosse également en proie aux flammes
La vague d’incendies dépasse largement le cadre franco-espagnol. En Écosse, près de 500 pompiers luttent depuis le 15 juillet contre un vaste brasier dans le parc national des Cairngorms. Le village de Nethy Bridge, évacué vendredi après un changement de vent, a pu être réinvesti samedi soir par ses habitants soulagés.
En Italie, des feux de broussailles ont contraint à fermer une portion du périphérique sud de Rome et une autoroute d’accès à la capitale, provoquant d’importants embouteillages. Dans les Pouilles, des vacanciers ont été évacués des stations du Gargano, certains par la mer avec l’aide des garde-côtes. Depuis Castel Gandolfo, le pape Léon a adressé un message de soutien aux victimes et aux secouristes mobilisés sur tous les fronts européens.


