NEW DELHI, 27 juillet (Le Parisien Matin) – À Siwan, dans l’État du Bihar à l’est de l’Inde, les autorités ont suspendu un policier après qu’il a ouvert le feu en l’air avec un fusil d’assaut AK-47 pour disperser des étudiants ce week-end. L’incident, filmé et relayé sur les réseaux sociaux, s’inscrit dans une vague de contestation nationale qui a déjà poussé le ministre fédéral de l’Éducation à la démission et interroge les méthodes de maintien de l’ordre face à la jeunesse.
Sur les images virales authentifiées par la police, on voit un agent en tenue antiémeute courir vers des manifestants dans les rues de Siwan samedi, pointer son arme vers la foule puis tirer au moins trois coups en l’air. Aucun blessé n’est à déplorer, mais la scène a suscité une indignation immédiate.
Le fonctionnaire appartient à une unité de renseignement chargée de traquer des criminels endurcis et avait été doté à ce titre d’un fusil d’assaut, arme disproportionnée pour encadrer une manifestation étudiante. Le sous-directeur général de la police du Bihar, Nilesh Kumar, a reconnu une faute grave et annoncé la suspension immédiate de l’agent. Il a estimé que
« l’AK-47 a été utilisé à tort, cela ne peut en aucun cas se justifier ».
Cette bavure intervient dans un climat déjà explosif. Tout est parti de la fuite des sujets de l’examen national d’entrée en médecine en mai, épreuve capitale passée par plus de deux millions de candidats et qui a dû être reprogrammée.
L’affaire a cristallisé une colère plus large chez les jeunes diplômés, confrontés à un chômage élevé et à l’angoisse de voir l’automatisation et l’intelligence artificielle menacer les emplois des centres de services informatiques, secteur emblématique de l’économie indienne.
Le 20 juillet, des dizaines de milliers d’étudiants avaient tenté de marcher vers le Parlement à New Delhi, se heurtant à des charges à la matraque et à des gaz lacrymogènes. Samedi, la démission du ministre de l’Éducation de Narendra Modi après cinq semaines de mobilisation n’a pas suffi à éteindre le mouvement, porté notamment par le Cockroach Janta Party.
L’affaire a rebondi au Parlement. L’opposition a interpellé le gouvernement et dénoncé une atteinte majeure à la démocratie, évoquant des étudiants traités comme des criminels pour avoir fait entendre leur voix. Le président du Congrès, Mallikarjun Kharge, a pointé l’usage d’une arme de guerre au Bihar et réclamé que les responsabilités soient établies, avant que les deux chambres ne soient ajournées dans un vacarme de protestations. Au delà de la classe politique, la société civile s’inquiète.
Un juge de la Cour suprême, Ujjal Bhuyan, a estimé que l’espace pour exprimer une opinion divergente se réduisait en Inde et que le droit de manifester pacifiquement restait une liberté fondamentale. Dans ce contexte, la suspension du policier de Siwan apparaît comme un geste d’apaisement, mais elle pourrait ne pas suffire à restaurer la confiance d’une jeunesse qui réclame des examens équitables, des emplois et le respect de ses droits.


