BRAUNAU AM INN, Autriche, 22 juillet (Le Parisien Matin) – La transformation de la maison natale d’Adolf Hitler à Braunau am Inn en Autriche marque un tournant pour ce bâtiment chargé d’histoire. L’objectif principal de ce changement est d’éviter que les lieux ne se transforment en site de pèlerinage pour les néo-nazis.
Après des années de débats sur le devenir de cette grande maison traditionnelle, l’État autrichien avait procédé à un achat obligatoire en 2017. Les travaux de réaménagement ont débuté pour assigner le bâtiment à des fonctions administratives officielles.
Le choix d’installer un commissariat de police répond à la volonté de rompre définitivement avec le passé sombre de la bâtisse. Une pierre commémorative provenant du camp de concentration de Mauthausen reste toutefois sur le trottoir pour rappeler la mémoire des victimes. La façade blanche arbore désormais simplement la mention « Police », sans autre artifice mémoriel direct. Cette reconversion administrative doit permettre de banaliser l’espace et de désamorcer toute tentation de vénération idéologique.
Un passé encombrant
Sous le régime national-socialiste, cette même maison avait fonctionné comme un musée d’art pour entretenir le culte de la personnalité. Adolf Hitler n’y avait pourtant résidé que pendant quelques semaines au cours de l’année 1889 avant que sa famille ne déménage. Les autorités locales constatent déjà une baisse du nombre de curieux ou de visiteurs suspects aux abords du site. La législation autrichienne punit par ailleurs sévèrement l’utilisation de symboles nazis ou le salut hitlérien sur son territoire.
La population locale adopte globalement une attitude pragmatique face à cette nouvelle affectation institutionnelle des lieux. Le maire Johannes Waidbacher estime que les habitants de la commune ont accepté cette évolution et vivent avec cette décision. D’autres options avaient été envisagées, comme le maintien d’une œuvre caritative, mais l’accès public aurait été trop ouvert. La présence des forces de l’ordre garantit désormais une occupation neutre et sécurisée de l’espace.
Les débats persistants
Certaines organisations expriment toutefois des réserves quant à la pertinence de ce choix de reconversion policière. Le Comité Mauthausen, principale association autrichienne de survivants de l’Holocauste, déplore une volonté implicite de tourner la page trop rapidement. Robert Eiter, représentant de cette structure, regrette une approche qu’il qualifie de tentative d’oubli institutionnel.
« Le monde n’oubliera pas où le pire mass murderer de l’histoire est né. Wikipedia ne changera pas ses entrées »
A déclaré Robert Eiter.
Les critiques soulignent que les rassemblements de sympathisants d’extrême droite risquent de persister malgré la présence policière. Les avis des résidents locaux divergent également entre le soulagement de voir les rassemblements cesser et le regret du départ de l’ancienne association caritative. L’avenir dira si cette mesure administrative parvient à neutraliser durablement la charge symbolique du bâtiment.


