LA MECQUE, 7 août (Le Parisien Matin) – La Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé vendredi à La Mecque un accord conjoint de défense, selon des sources au fait du dossier, dans un contexte de turbulences régionales marqué par des frappes iraniennes contre les États du Golfe après des attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
Deux sources régionales ayant une connaissance directe du dossier ont indiqué que l’accord serait signé vendredi, ce qui fut ensuite confirmé par un responsable turc. Une autre source régionale a précisé qu’il n’était pas établi si l’accord ferait l’objet d’une annonce publique le jour même.
Le pacte vint consolider un regroupement émergent de grandes puissances sunnites alliées aux États-Unis. Aucune clarté immédiate ne fut apportée sur les engagements de chaque État ni sur ses effets sur la crise élargie au Moyen-Orient.
Un accord conclu après un an de négociations
Le projet résulta de près d’un an de négociations. En janvier, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan avait indiqué qu’Ankara était favorable à une architecture de sécurité régionale.
Hakan Fidan a déclaré :
« plateforme régionale de sécurité plus large pour promouvoir la coopération et la stabilité ».
Les trois nations partagèrent des inquiétudes croissantes face au chaos régional et au rôle de l’Iran chiite révolutionnaire et d’un Israël de plus en plus assertif, alors que les États-Unis peinèrent à contenir les menaces régionales.
La Turquie disposa de la deuxième armée de l’OTAN. L’Arabie saoudite, premier État du Golfe, abrita les lieux les plus saints de l’islam et figura parmi les premiers exportateurs mondiaux de pétrole, tandis que le Pakistan demeura le seul pays musulman doté de l’arme nucléaire.

Un sommet à Djeddah sous haute tension régionale
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, accompagné du chef de l’armée Asim Munir, arriva jeudi à Djeddah et accomplit la Omra à La Mecque.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan partit pour Djeddah vendredi.
Ils rencontrèrent le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dont le pays fut frappé à plusieurs reprises par l’Iran, ainsi que par ses alliés houthis au Yémen et par des milices chiites en Irak, depuis le début de la guerre le 28 février.
Le conflit exposa les vulnérabilités sécuritaires des États du Golfe et perturba le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transita un cinquième du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié avant la guerre.
Le ministère pakistanais des Affaires étrangères confirma la visite en Arabie saoudite et la décrivit comme une démarche de « consolidation » des liens avec le royaume.
Le chef d’état-major Asim Munir façonna la politique étrangère et de sécurité du Pakistan.

Une architecture fondée sur trois piliers complémentaires
L’accord établit une architecture de sécurité unifiée combinant trois atouts distincts. L’Arabie saoudite apporta son influence économique et sa capacité de financement, la Turquie ses capacités militaires conventionnelles et le Pakistan sa dissuasion nucléaire.
Le cadre élargit l’accord stratégique mutuel de défense conclu en septembre 2025 entre l’Arabie saoudite et le Pakistan. Cet accord traita une attaque contre l’un comme une attaque contre l’autre et engloba,
« tous les moyens militaires »
Selon un responsable saoudien.
Dans la pratique, le Pakistan chercha à éviter un enchevêtrement militaire direct dans la guerre contre l’Iran, et privilégia une tentative de médiation avec Téhéran.
Le dispositif trilatéral prévit une dissuasion de sécurité mutuelle, une intégration industrielle de défense et des déploiements de troupes et de technologies.
Des sources indiquèrent que ce mécanisme ne remettrait pas en cause les engagements internationaux préexistants des membres, y compris le statut de la Turquie au sein de l’OTAN.

Des coopérations militaires anciennes approfondies
La signature à La Mecque, lieu le plus saint de l’islam, conféra une portée symbolique à un pacte qui s’appuya sur des liens militaires bilatéraux anciens entre les trois pays.
Le Pakistan fournit depuis des décennies une formation et une assistance technique aux forces saoudiennes, tandis que la Turquie et le Pakistan échangèrent des navires de guerre et des avions d’entraînement.
En 2023, Riyad accepta d’acheter des drones turcs dans ce qu’Ankara décrivit comme son plus grand contrat d’exportation de défense.
Le Pakistan déploya depuis environ 8 000 soldats, des avions de chasse, des drones et un système de défense aérienne dans le royaume, et poursuivit des liens de sécurité plus larges dans le Golfe.
Il ouvrit des négociations avec le Koweït sur un pacte élargi en échange d’une coopération énergétique et d’investissements.

Un repositionnement face aux parapluies de sécurité occidentaux
Le Moyen-Orient fut en proie aux flammes pendant près de trois ans depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, avec des attaques transfrontalières et des tirs de missiles ou de drones touchant presque tous les pays de la région.
Si la Turquie et le Pakistan, situés aux marges du Moyen-Orient, évitèrent des attaques directes significatives, tous deux cherchèrent à apaiser des conflits qui menacèrent leur propre sécurité et leur santé économique.
Pour l’Arabie saoudite, les conséquences de trois années de conflits au Moyen-Orient furent plus sévères, avec des tirs directs venus de trois directions, une menace sur ses exportations pétrolières et sur ses plans de développement ambitieux, et des interrogations sur la fiabilité de son parapluie sécuritaire américain de longue date.


