ISLAMABAD, 24 juillet (Le Parisien Matin) – Le Pakistan tente de rouvrir la voie diplomatique entre Washington et Téhéran. Selon trois sources pakistanaises, Islamabad explore une reprise des pourparlers bloqués pour mettre fin à près de cinq mois de guerre, à la suite d’une impulsion initiée par la Chine.
Des discussions exploratoires ont eu lieu cette semaine dans la capitale pakistanaise lors de la visite du ministre iranien de l’Intérieur Eskandar Momeni, pour son second déplacement en dix jours. Proche des Gardiens de la révolution, il a rencontré des dirigeants civils pakistanais et le chef de l’armée Asim Munir. Les sources restent prudentes et estiment que les obstacles à un dialogue restent très élevés actuellement.
Contacts accélérés à Islamabad
La présence répétée de Momeni à Islamabad illustre l’urgence à Téhéran. Ministre de l’Intérieur mais influent au delà de son portefeuille, il est perçu comme un émissaire fiable des cercles sécuritaires. Ses entretiens ont porté sur les conditions minimales pour rouvrir un canal indirect avec Washington. Islamabad, déjà médiateur avec Doha en juin, se replace en intermédiaire discret. L’idée n’est pas une percée immédiate mais un cadre exploratoire pour sonder les intentions sans s’exposer publiquement, alors que la méfiance reste totale entre les parties.
Pékin poussé par ses intérêts énergétiques
L’activisme chinois répond à des intérêts directs. Pékin est le premier partenaire commercial de l’Iran et le principal acheteur de son brut malgré les sanctions, à prix réduit. La Chine a aussi accru son soutien sécuritaire via des composants à double usage et des systèmes de navigation, sans aide militaire ouverte depuis le début du conflit. La quasi fermeture du détroit d’Ormuz, où transite un cinquième du pétrole mondial, et la menace d’un blocage en mer Rouge pénalisent son commerce. Selon un responsable pakistanais, « Les Chinois sont mécontents car les attaques de l’Iran contre d’autres États du Golfe et la fermeture du détroit d’Ormuz portent atteinte à leurs intérêts ». Le ministre Ishaq Dar a abordé le sujet à Pékin la semaine dernière.
Un équilibre délicat entre Riyad et Pékin
Le Pakistan navigue entre deux soutiens financiers essentiels. Cette semaine, les Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont annoncé un blocus naval contre l’Arabie saoudite, alliée proche d’Islamabad liée par un traité de défense mutuelle signé l’an dernier. Islamabad a condamné les attaques houthies contre le Royaume tout en préservant son canal avec Téhéran. Paraître trop réceptif à l’Iran risquerait de froisser Riyad. Mais ignorer Pékin, autre bailleur crucial, est tout aussi impossible. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré soutenir la médiation pakistanaise et vouloir jouer un rôle actif pour restaurer la paix dans le Golfe rapidement.
Un précédent qui a échoué
Ce n’est pas la première tentative. En mars, Pékin avait envoyé son émissaire spécial pour une navette au Moyen Orient. En juin, Washington et Téhéran avaient signé un protocole d’accord après médiation du Pakistan et du Qatar, ouvrant soixante jours de négociations pour un accord permanent. Les discussions indirectes n’ont rien donné, chaque camp accusant l’autre de violations avant une reprise des hostilités. Jeudi, les Houthis ont affirmé avoir frappé deux pétroliers saoudiens dans le cadre de leur blocus, faisant craindre un second goulet d’étranglement mondial après Ormuz, ce qui complique encore la médiation.
Les conditions pour un retour à la table
Pour Islamabad, l’arrêt des attaques contre l’Arabie saoudite et les autres États du Golfe est désormais un préalable à toute reprise. Le message a été transmis à la délégation iranienne. Sans garantie sur la liberté de navigation à Ormuz et en mer Rouge, Washington ne reviendra pas discuter. Reste à savoir si Téhéran, sous pression militaire et économique, est prêt à concéder ce geste. Ni le ministère des Affaires étrangères pakistanais ni l’armée n’ont commenté publiquement, signe de la fragilité du processus et de la crainte de compromettre un canal encore très précaire.


