MANILLE, 24 juillet (Le Parisien Matin) – La tension franchit un nouveau cap en mer de Chine méridionale. Ce vendredi, au large du récif de Scarborough, dans la zone économique exclusive des Philippines, les garde-côtes philippins ont accusé leurs homologues chinois d’avoir utilisé des canons à eau contre des navires gouvernementaux pour la deuxième journée consécutive. C’est la troisième confrontation directe entre les deux pays en une semaine.
Selon Manille, un navire chinois s’est approché à seulement sept mètres d’un bateau du Bureau des pêches philippin, créant un risque sérieux de collision. Les autorités dénoncent une provocation intentionnelle dans leur terrain de pêche historique.
Une manœuvre jugée dangereuse à quelques mètres de l’impact
Le porte-parole des garde-côtes philippins Jay Tarriela a fermement réagi. Dans un communiqué, il a déclaré condamner fortement les actions dangereuses et non professionnelles de la garde côtière chinoise. Il a rappelé que le récif de Scarborough est un lieu de pêche traditionnel des Philippins dont les droits ne peuvent être entravés par aucune puissance étrangère.
« La PCG condamne fermement les agissements dangereux et non professionnels des garde-côtes chinois »
A déclaré le porte-parole Jay Tarriela dans un communiqué.
Cette attaque fait suite à un incident identique survenu jeudi au même endroit. Les navires philippins assuraient alors une mission de soutien aux pêcheurs locaux lorsque les tirs auraient débuté. Manille affirme que ses équipages ne faisaient que défendre leur droit d’accès à leurs propres eaux.
La version de Pékin
Pékin assume ses actes. Plus tôt vendredi, la garde côtière chinoise a affirmé avoir imposé des mesures de contrôle contre plusieurs navires philippins opérant illégalement autour du récif qu’elle nomme île de Huangyan.
Dans un communiqué, elle accuse Manille d’avoir organisé plusieurs navires gouvernementaux et garde-côtes accompagnés de nombreux bateaux de pêche pour se rassembler illégalement dans la zone. Elle affirme avoir pris des mesures d’avertissement, de blocage et de canons à eau après que les navires philippins ont ignoré les sommations.
Le ministère chinois des Affaires étrangères a soutenu cette ligne. Son porte-parole Lin Jian a estimé que les actions des garde-côtes étaient raisonnables, légales et irréprochables. Il a demandé à la partie philippine de cesser immédiatement les infractions et les provocations.
Une crise qui s’invite à la table diplomatique
L’incident survient à un moment très sensible. Il coïncide avec la clôture des réunions des ministres de l’ASEAN à Manille, auxquelles participaient le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi et le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Ce dernier a qualifié les actions de Pékin de perturbantes tout en réaffirmant le soutien de Washington à son allié philippin lié par un traité de défense.
Cette double confrontation à Scarborough, le point le plus disputé de la mer de Chine méridionale, fait suite à un accrochage lundi à 650 kilomètres de là, au récif de Second Thomas. Manille avait affirmé qu’un marin avait été blessé après avoir été frappé à la matraque par des garde-côtes chinois. Pékin avait accusé la marine philippine d’avoir tenté de percuter un patrouilleur. Les deux pays ont convoqué leurs ambassadeurs.
Scarborough, épicentre d’une rivalité historique sans issue
La souveraineté sur le récif de Scarborough reste non établie. Une décision arbitrale rendue en 2016 après une plainte des Philippines avait largement donné raison à Manille et jugé que le blocus chinois violait le droit international. Pékin ne reconnaît pas cette décision.
La Chine revendique la souveraineté sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, y compris des parties des zones économiques exclusives du Brunei, de l’Indonésie, de la Malaisie, des Philippines et du Vietnam. Elle maintient une occupation permanente du récif avec un déploiement massif de navires garde-côtes, symbole de sa stratégie d’affirmation en mer.


