Effondrement de l’appareil de raffinage
Les attaques aériennes répétées ont lourdement affecté l’appareil industriel russe, mettant hors service environ un quart de la capacité globale de traitement du brut. Six raffineries majeures ont totalement ou partiellement suspendu leurs activités le mois dernier, provoquant une baisse brutale des volumes. Le secteur redoute désormais que le marché du carburant d’aviation subisse la même trajectoire que le diesel, dont la production a reculé de 20 % en deux mois. Le décret gouvernemental suspend donc les expéditions maritimes et ferroviaires de kérosène pour protéger les liaisons aériennes intérieures.
« Cette décision vise à garantir la stabilité du marché intérieur des carburants géré par l’État », indique le communiqué.
L’embargo comporte de rares exceptions, notamment pour le carburant d’aviation déjà chargé dans les réservoirs des aéronefs ou sécurisé par des accords intergouvernementaux spécifiques.
Asphyxie logistique en Asie centrale
Les effets de cette interdiction se font immédiatement ressentir en Asie centrale, une région fortement dépendante des livraisons russes par voies ferrées. Des pays enclavés comme le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan se retrouvent brutalement privés de leur source principale de carburant d’aviation. Sans accès direct aux ports maritimes mondiaux, ces États font face à des risques de pénurie dans leurs hubs aéroportuaires. Les compagnies régionales introduisent déjà des rationnements stricts, forçant les diplomates à négocier des couloirs d’approvisionnement alternatifs avec la Chine voisine.
Cette décision pénalise aussi financièrement les géants russes Rosneft et Lukoil, privés des fortes marges générées par la vente de carburant d’aviation à l’international.
Panique sur les marchés mondiaux
Même si la Russie n’assure que 2 % des exportations mondiales, le retrait soudain de ses volumes spot a déclenché une vive réaction sur les places financières. Le baril de Brent a bondi au-delà des 139 dollars, entraînant une hausse immédiate du coût du carburant d’aviation en Europe, où la tonne s’échange désormais autour de 1 800 dollars. Les transporteurs internationaux doivent modifier à la hâte leurs prévisions budgétaires à l’approche de la haute saison touristique. Cette situation exceptionnelle pousse les compagnies aériennes à imposer des surcharges commerciales pour compenser la hausse du carburant d’aviation.
Le retour à la normale s’annonce difficile car les sanctions interdisent l’exportation de puces et de technologies occidentales indispensables à la réparation des sites russes. Les ingénieurs doivent recourir à de l’ingénierie inverse ou à des circuits d’importation clandestins pour remplacer les colonnes de distillation détruites. En raison de ces goulots d’étranglement matériels, le manque de carburant d’aviation pourrait persister bien au-delà de l’échéance légale fixée par Moscou.


