KIEV, 1er septembre (Le Parisien Matin) – La Direction principale du renseignement militaire ukrainien (HUR) a publié une évaluation technique du missile russe 3M22 Zircon, révélant que ses capacités réelles étaient nettement inférieures aux affirmations du Kremlin.
Le mythe de l’arme invincible
Le Kremlin avait présenté le Zircon comme l’une de ses armes les plus avancées. Il le décrivit comme « un missile de croisière hypersonique anti-navire capable d’échapper à presque tous les systèmes de défense aérienne occidentaux ».
Conçu pour détruire des navires, il fut employé dans des frappes massives contre Kiev. La seule défense disponible resta l’intercepteur PAC-3 MSE du système américain Patriot.
Le HUR constata que le missile était plus lent, avec une ogive plus petite que celle du S8000 Banderol à bas coût, et ne correspondit pas à un missile de croisière hypersonique. L’agence le qualifia de « missile balistique plutôt qu’un missile de croisière hypersonique ».
Elle indiqua qu’il utilisait un propergol solide, suivait une trajectoire quasi-balistique et affichait une portée de 1 000 kilomètres. Moscou avait revendiqué Mach 9. Le HUR enregistra une vitesse maximale de Mach 6,8, chutant à Mach 4,5 en phase terminale.
Une ogive légère et une architecture connue
Le HUR estima la charge à 120 kilogrammes, contre environ 150 kilogrammes pour le Banderol. Le guidage reposa sur une navigation inertielle en croisière et un autodirecteur radar actif en finale.
Le missile embarqua un calculateur Baget-83, standard des anciens systèmes balistiques russes. L’arrière fut construit en titane avec des gouvernes repliables et des unités électro-hydrauliques déployées après le lancement.
Une chaîne d’approvisionnement sous sanctions
Avec un modèle 3D interactif, le HUR dévoila 70 entreprises impliquées, dont le maître d’œuvre NPO Machinostroïenia et la Tactical Missiles Corporation (KTRV), ainsi que 84 cadres clés.
Malgré les sanctions, des composants américains furent retrouvés, dont des puces d’Altera Corporation, propriété d’Intel, et des amplificateurs de TriQuint Semiconductor.
Le Zircon fut conçu pour les systèmes verticaux 3S14 des frégates et sous-marins. Face à la neutralisation de sa flotte en mer Noire, la Russie l’adapta aux camions Bastion-M de défense côtière.
Les tirs vers Kiev furent effectués depuis la Crimée occupée et la région de Koursk.
Une interception possible mais coûteuse
Le vol à très haute vitesse réduisit l’alerte à 3 à 5 minutes pour atteindre Kiev depuis la Crimée. Le HUR confirma sa vulnérabilité aux Patriot PAC-3 et SAMP/T, car la friction le ralentit en plongée.
Vadym Skibitskyi déclara que la Russie « a déjà atteint son objectif annuel de production pour les missiles Zircon, en fabriquant 33 unités au cours des sept premiers mois de l’année ». L’enjeu pour l’Ukraine resta quantitatif, Moscou saturant les batteries avec des drones et missiles bon marché.


