PARIS, 8 septembre (Le Parisien Matin) – Le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy a affirmé être sorti terrorisé d’une rencontre avec des membres de l’AfD au Parlement européen avant les européennes de 2019. Il s’est exprimé mardi 8 septembre sur BFMTV-RMC après la victoire de l’extrême droite en Saxe-Anhalt.

Le parlementaire a réagi à la percée de l’Alternative pour l’Allemagne, créditée de 44 % des voix. Il a dit sa sidération et livré une anecdote inédite.

Une rencontre en 2019 à Strasbourg

À l’époque, Jean-Philippe Tanguy n’était pas au Rassemblement national. Il était le bras droit de Nicolas Dupont-Aignan à Debout la France.

Il a raconté avoir rencontré des membres de l’AfD dans un bureau du Parlement européen, avant le scrutin de 2019.

Il a déclaré :

« Je suis sorti de là terrorisé avec Nicolas Dupont Aignan, on s’est dit mais ce n’est pas possible ces gens ».

A raconté Jean-Philippe Tanguy.

La rupture entre le RN et l’AfD en 2024

Cette expérience nourrit, selon lui, une méfiance ancienne. À son arrivée au RN, la distance avec l’AfD se serait imposée.

Il a expliqué :

« Quand je suis arrivé au Rassemblement national, avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, on avait rapidement décidé de rompre avec l’AfD qui faisait des déclarations, notamment sur la Seconde Guerre mondiale, de plus en plus contestables ».

A expliqué Jean-Philippe Tanguy.

La rupture fut actée lors des européennes de 2024. La tête de liste AfD Maximilian Krah avait estimé que les membres de la SS n’étaient pas tous des criminels.

Le 21 mai 2024, Jordan Bardella annonça qu’il ne siégerait plus avec l’AfD à Strasbourg. Il prit la tête du groupe Patriotes pour l’Europe, tandis que l’AfD rejoignit le groupe Europe des nations souveraines avec Reconquête.

Une large victoire en Saxe-Anhalt

Dimanche 6 septembre, l’AfD fondée en 2013 remporta 44 % des voix en Saxe-Anhalt, devant la CDU à 18 %, parti du chancelier Friedrich Merz.

Le député s’est dit choqué. Il a jugé :

« Cela me choque parce qu’ils ont voté pour des gens qui relativisent le passé nazi de l’Allemagne, qui expliquent qu’on pouvait être SS sans être une mauvaise personne. C’est scandaleux ».

A jugé Jean-Philippe Tanguy.

Il a appelé à analyser le vote. Il a ajouté :

« il faut comprendre pourquoi les gens votent sinon vous ne pouvez pas y répondre ».

Il a conclu :

« Ils n’ont pas voté parce qu’ils sont des nazis. Ils ont voté parce qu’ils n’arrivent plus à payer leurs factures d’électricité ».

L’anecdote exhumée par Jean-Philippe Tanguy n’est pas qu’un souvenir. C’est un outil politique.

En racontant sa peur devant l’AfD dès 2019, alors qu’il était encore à Debout la France, le député de la Somme dessine une ligne claire entre deux extrêmes droites européennes qui n’ont plus rien de sœurs. D’un côté, un RN qui travaille sa respectabilité, son ancrage institutionnel et son discours sur le pouvoir d’achat. De l’autre, une AfD qui assume la provocation mémorielle et flirte avec le révisionnisme.

Le timing n’est pas neutre. Au lendemain d’un score à 44 % en Saxe-Anhalt, le RN ne peut ni ignorer la dynamique de son ancien allié, ni s’en réjouir trop bruyamment sans faire sauter dix ans de stratégie de dédiabolisation. Tanguy choisit donc la double posture : condamner moralement – « scandaleux » – et expliquer socialement – les factures d’électricité.

C’est la vieille recette du RN : dissocier l’électeur de l’appareil. Les électeurs ne seraient pas nazis, ils seraient étranglés. Une manière de récupérer la colère qui profite à l’AfD tout en gardant ses distances avec ses dirigeants.

La rupture de 2024, actée après les propos de Maximilian Krah sur la SS, devient ainsi rétrospectivement une preuve de lucidité. Tanguy la fait remonter à 2019, bien avant l’officialisation. Le message adressé à l’opinion française et aux partenaires européens est limpide : le RN avait vu avant les autres.

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