VIENNE, 27 juillet (Le Parisien Matin) – C’est depuis une caserne militaire aux portes de Salzbourg, en Autriche, que le gouvernement de coalition a dévoilé ce lundi son plan pour réarmer le pays face à un continent qui a changé.
L’exécutif veut faire passer le service militaire obligatoire de six à neuf mois. Une rupture pour cet État neutre dont l’armée, depuis des décennies, sert surtout de force de protection civile, mobilisée sur les inondations, les feux de forêt ou les patrouilles frontalières, et que les autorités elles-mêmes jugeaient incapable de défendre le territoire contre une attaque extérieure d’ampleur.
Une neutralité bousculée par la guerre en Ukraine
Pour le chancelier Christian Stocker, le constat est sans appel. Le chef du gouvernement conservateur a justifié le virage par une dégradation profonde du contexte sécuritaire européen et l’émergence de menaces hybrides et de cyberguerre. Entourée de huit voisins dont six membres de l’OTAN, l’Autriche partage ses frontières avec l’Allemagne et la République tchèque au nord, l’Italie et la Slovénie au sud, la Slovaquie et la Hongrie à l’est, la Suisse et le Liechtenstein restant hors Alliance. Il a déclaré :
« Les conditions de sécurité ont fondamentalement changé ces dernières années, ces derniers mois et ces dernières semaines. Le rêve d’une paix durable en Europe s’est brisé au plus tard avec la guerre d’agression russe contre l’Ukraine ».
La réforme ne se limite pas à allonger la durée sous les drapeaux. Les trois mois supplémentaires doivent servir de socle à un nouveau modèle de réserve. Les conscrits devront effectuer des exercices de rappel obligatoires dans les dix ans suivant leur service initial. Pour rendre l’engagement plus attractif, le gouvernement prévoit d’octroyer des jours de congés supplémentaires et de porter la solde à près de 1000 euros par mois, soit un quasi doublement.
Service civil et bataille politique à Vienne
Le choix traditionnel laissé aux jeunes Autrichiens autour de leurs 18 ans entre armée et service civil de neuf mois, souvent effectué dans les services d’ambulance ou les maisons de retraite, est maintenu mais adapté. Dès 2027, une prolongation volontaire de deux mois du Zivildienst sera possible. À partir de 2028, si les objectifs de recrutement militaire ne sont pas atteints, cette alternative civile passera automatiquement à onze mois obligatoires.
Le projet porté par la coalition tripartite composée du Parti populaire ÖVP, des sociaux-démocrates du SPÖ et des libéraux de Neos est loin d’être acquis. Une telle révision constitutionnelle exige une majorité des deux tiers au Parlement. L’exécutif devra donc convaincre au moins une force d’opposition, les Verts ou le parti d’extrême droite FPÖ, avant l’entrée en vigueur espérée début 2027.


