QUSRA, 26 juillet (Le Parisien Matin) – En Cisjordanie occupée, la nuit de samedi à dimanche a plongé plusieurs villages autour de Naplouse et de Tulkarem dans une tension extrême. Selon les autorités locales palestiniennes, des colons israéliens ont attaqué plusieurs localités et incendié deux mosquées recouvertes de graffitis en hébreu. Ces faits surviennent moins de quarante huit heures après un affrontement meurtrier qui a fait six morts près du village de Tal.
Vendredi, dans le secteur de Tal au sud-ouest de Naplouse, un groupe de colons israéliens dont certains armés s’est approché du village palestinien. Des habitants sont sortis pour s’interposer et une confrontation a éclaté avec des coups de feu. Quatre Palestiniens ont été tués ainsi que deux Israéliens, dont l’un assurait la coordination de sécurité pour une colonie voisine.
Une vidéo circulant en ligne montre un Palestinien s’emparant de l’arme d’un colon. Les autorités locales palestiniennes affirment que les colons ont provoqué l’incident. L’armée israélienne indique que des tirs sont venus des deux côtés. L’épisode s’ajoute à une série d’affrontements impliquant des colons qui ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés depuis janvier selon l’ONU et l’Autorité palestinienne.
Mosquées incendiées en représailles
Les attaques nocturnes apparaissent comme des représailles directes. À Qusra au sud-est de Naplouse, une mosquée neuve achevée il y a quelques jours a été incendiée peu avant l’aube. Le bâtiment déjà meublé et prêt à accueillir les fidèles se trouve près de plusieurs grandes colonies.
Des inscriptions en hébreu évoquant la vengeance et citant le nom d’un Israélien tué vendredi ont été taguées sur les façades. À Kour au sud-est de Tulkarem, trois hommes ont tenté de mettre le feu à une autre mosquée au petit matin. Les fidèles présents pour la prière ont maîtrisé les flammes avant qu’elles n’atteignent la salle principale. Des graffitis similaires ont été découverts.
La même nuit, des ouvriers palestiniens ont été pris à partie dans un atelier de taille de pierre à Kafr Malik près de Ramallah. Pour Kour, les élus locaux soulignent qu’il s’agit d’une première, ce qui a accentué le choc. Le chef du conseil de Qusra, Abdel Azim Wadi, a résumé la scène en une phrase :
« La mosquée était en phase finale, prête à accueillir les fidèles et déjà meublée, ils l’ont brûlée et ont tagué ses murs ».
L’armée israélienne a confirmé avoir constaté à Qusra des traces d’incendie volontaire et des graffitis. Des soldats fouillent la zone et des enquêteurs doivent collecter des preuves. Les forces de sécurité affirment condamner les atteintes aux sites religieux et vouloir maintenir l’ordre public. En parallèle, un large dispositif a été déployé dans toute la Cisjordanie. Près de soixante Palestiniens ont été arrêtés entre samedi soir et dimanche selon le Club des prisonniers palestiniens.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahou, à l’approche d’élections prévues en octobre, a ordonné une opération d’ampleur contre ce qu’il décrit comme du terrorisme visant des civils israéliens, avec renforts et annulation des permissions. Au sein de son gouvernement, des ministres d’extrême droite dont le ministre des Finances Bezalel Smotrich réclament l’annexion de la Cisjordanie, territoire conquis en 1967.
Un cadre légal contesté
La question des colonies reste centrale. La quasi-totalité de la communauté internationale et l’ONU considèrent les implantations israéliennes en Cisjordanie comme illégales au regard du droit international, ce qu’Israël conteste. Les Palestiniens voient dans ce territoire le socle d’un futur État indépendant. Israël y invoque des attaches historiques et bibliques.
Le gouvernement actuel, opposé à la création d’un État palestinien, a fortement accéléré la colonisation. L’Autorité palestinienne, qui administre la zone où se sont déroulés les tirs de vendredi, parle d’une agression généralisée. Sur le réseau X, le bureau du Premier ministre palestinien a dénoncé un terrorisme de colons soutenu par l’État se muant en pogroms systématiques en Cisjordanie occupée. Les organisations humanitaires alertent sur une violence touchant habitations, oliveraies et désormais lieux de culte.
L’escalade suscite une inquiétude croissante. Dimanche, le pape Léon a indiqué suivre les événements avec une profonde préoccupation, appelant à des négociations pour une solution politique juste et au respect absolu du statut des lieux saints de toutes les religions.
Sur le terrain, les habitants de Qusra et Kour nettoient les suies et repeignent les murs calcinés. La crainte d’une spirale de représailles reste vive à l’approche de la saison agricole, période où les tensions autour de l’accès aux terres s’exacerbent. Faute de mesures dissuasives rapides et d’enquêtes abouties, le risque est celui d’un cycle où chaque drame nourrit le suivant.


