WASHINGTON, 26 juillet (Le Parisien Matin) – Le conflit qui oppose l’Iran à l’axe américano-israélien a franchi un nouveau palier ce week-end. Si un calme précaire a été observé dans le Golfe persique autour du détroit d’Ormuz, la guerre s’est propagée vers deux autres espaces stratégiques, la mer Rouge et la mer Caspienne, malgré la pause des frappes américaines.
L’armée américaine a affirmé samedi que son blocus naval contre l’Iran restait pleinement en vigueur, sans expliquer l’interruption d’une série de treize nuits de frappes d’intensité croissante. Aucune attaque iranienne contre ses voisins n’a été signalée durant le week-end, rompant avec le cycle de représailles quotidiennes observé depuis cinq mois. Cette suspension a surpris alors que les tensions autour d’Ormuz avaient déjà perturbé l’approvisionnement énergétique mondial.
La mer Rouge devient un second front énergétique
Malgré cette trêve relative dans le Golfe, les combats se sont intensifiés sur le flanc sud-ouest de la péninsule arabique. Les Houthis, alliés de Téhéran au Yémen, ont revendiqué samedi des attaques contre des installations pétrolières saoudiennes le long de la mer Rouge. Leur porte-parole Yahya Saree a affirmé que le groupe avait frappé des sites appartenant à Aramco à Jizan et Yanbu. Des vidéos vérifiées par Reuters montrent une épaisse colonne de fumée s’élevant depuis la direction de la raffinerie de Jizan, proche de la frontière yéménite, capable de traiter jusqu’à 400 000 barils par jour. Deux sources basées en Asie ont évoqué des dégâts potentiels sur des zones de stockage. Aramco n’a pas commenté. À Yanbu, principal terminal pétrolier saoudien sur la mer Rouge devenu vital pour contourner Ormuz, deux missiles ont été interceptés.
Attaque inédite en mer Caspienne
Sur un théâtre différent, Téhéran a accusé l’Ukraine d’avoir visé un de ses navires marchands en mer Caspienne. Le ministère iranien des Affaires étrangères a dénoncé une attaque hostile et criminelle ayant tué un marin et blessé un autre, convoquant le chargé d’affaires ukrainien à Téhéran pour protester. Cette accusation coïncide avec des déclarations du président Volodymyr Zelensky selon lesquelles Kiev aurait constaté que la Russie transmettait à l’Iran ses observations satellitaires au Moyen-Orient afin de l’aider à diriger des frappes. Un épisode qui, s’il était confirmé, créerait un lien direct entre le conflit ukrainien et la guerre au Moyen-Orient.
Washington freine son engagement militaire
Derrière la pause américaine se dessinent des arbitrages majeurs à la Maison-Blanche. Selon le New York Times citant deux sources proches des discussions, Donald Trump aurait décidé pour l’heure de renoncer à intensifier les attaques contre l’Iran. Les raisons invoquées sont la crainte d’un élargissement du conflit, l’épuisement des stocks de munitions, le risque d’aliéner les alliés du Golfe et les conséquences sur l’énergie et l’économie mondiale. D’après CNN, le vice-président JD Vance et le chef d’état-major, le général Dan Caine, ont fait part de leurs inquiétudes sur les réserves lors d’une réunion vendredi. Un haut responsable a résumé la doctrine actuelle en une seule phrase restée comme l’unique déclaration officielle du week-end :
« Sa préférence a toujours été la diplomatie, mais il a montré à l’Iran ce qui se passerait s’il refusait de venir à la table des négociations de manière sérieuse ».
Le Yémen au bord d’une reprise générale
Cette reconfiguration menace de raviver la guerre civile yéménite, gelée depuis 2022. L’aviation du gouvernement yéménite soutenu par Riyad aurait frappé des positions houthies à Marib et al-Jawf tandis que les deux camps mobilisent le long du front. La trêve qui avait mis fin à des années de famine et de combats meurtriers s’est effondrée ce mois-ci avec l’entrée des Houthis dans la guerre élargie de leurs alliés iraniens. Le mouvement a décrété un blocus naval contre l’Arabie saoudite et son chef Abdul Malik al-Houthi a averti que toutes les installations pétrolières saoudiennes pouvaient être considérées comme des cibles. Une menace qui pourrait affecter une deuxième route maritime majeure et replonger le Yémen dans un conflit à grande échelle.


