KATMANDOU, 26 août (Le Parisien Matin) – Au moins 95 personnes ont été tuées et 384 voyageurs ont été portés disparus mercredi matin après une crue éclair massive et une coulée de boue qui ont dévasté la frontière entre le Népal et le Tibet.

Le phénomène a été déclenché par un séisme qui a provoqué une avalanche et un glissement de terrain majeur. Le mouvement a bloqué la rivière Bhote Koshi avant de libérer un torrent d’eau et de boue vers les vallées en aval.

Le bilan officiel a atteint 95 morts des deux côtés de la frontière, mais les autorités ont averti que le nombre de victimes devrait augmenter significativement.

Parmi les disparus figurent 291 ressortissants étrangers, selon l’autorité touristique népalaise. Le décompte a fait état de 105 citoyens indiens, 93 népalais, 17 malaisiens, 12 britanniques, 8 travailleurs sud-coréens du secteur hydroélectrique, 4 sud-africains, 3 américains, ainsi qu’un Australien et un Néerlandais.

La zone, très fréquentée par les pèlerins et les randonneurs, a été surprise par la violence et la rapidité de la montée des eaux. Il s’agit de la catastrophe la plus dévastatrice au Népal depuis le séisme de 2015 qui avait tué 9 000 personnes.

Des villages engloutis et des infrastructures détruites

Des images de vidéosurveillance en provenance du Tibet ont montré un mur d’eau et de boue percutant les bâtiments du poste-frontière de Gyirong.

Au Népal, des vidéos de drones filmées dans le district de Nuwakot, situé à 60 kilomètres au nord-ouest de Katmandou dans la province de Bagmati, ont montré des eaux boueuses submergeant des habitations le long de la rivière. Des maisons à Trishuli Bazar sont apparues partiellement submergées dans la boue.

Des villages entiers, des bâtiments de plusieurs étages, des routes et des ponts ont été emportés ou submergés. Le ministère népalais de l’Énergie a indiqué que le déluge a mis hors service environ 430 MW d’électricité, soit plus de 12 % de la capacité hydroélectrique nationale.

Des alertes d’évacuation urgentes ont été émises pour les communautés situées le long des rivières Bhote Koshi, Trishuli et Narayani. Des alertes aux crues ont également été activées en aval dans les États indiens du Bihar et de l’Uttar Pradesh.

Le ministre népalais des Affaires étrangères a estimé que la catastrophe aurait pu être causée par un séisme ayant déclenché une avalanche.

Cette hypothèse a été corroborée par les experts du climat de montagne. L’avalanche a probablement « bloqué la (rivière Bhotekoshi) et libéré une montée subite en aval », a expliqué Saswata Sanyal.

« Ce sont des dangers en cascade ».

A ajouté Saswata Sanyal, du Centre international de développement intégré des montagnes à Katmandou.

Le Népal, situé dans la région de l’Hindu Kush Himalaya en réchauffement rapide, abrite des milliers de glaciers dont le taux de perte de glace a doublé depuis 2000.

Le pays est particulièrement vulnérable aux ruptures de lacs glaciaires, parfois décrites comme des tsunamis intérieurs. Une crue similaire dans la même région l’an passé avait été attribuée à une rupture de lac glaciaire au Tibet voisin.

Des opérations de secours entravées

L’armée népalaise et les forces de police des deux côtés de la frontière ont mené des opérations d’urgence. Au moins 88 personnes piégées ont été treuillées par hélicoptère depuis des toits.

Les niveaux d’eau exceptionnellement élevés et les débris ont empêché les appareils d’atterrir dans les zones les plus touchées.

En Chine, aucun bilan n’a été communiqué mais les médias d’État ont évoqué des « pertes majeures ». Le président chinois a ordonné une recherche « tous azimuts », a ordonné Xi Jinping, une directive personnelle qui a traduit l’extrême gravité de la situation.

Au-delà du bilan, cette crue révèle trois fragilités structurelles de l’Himalaya.

D’abord, la dépendance énergétique. Le Népal tire l’essentiel de son électricité de l’hydroélectricité de haute montagne.

La perte de 430 MW en quelques heures n’est pas un dommage collatéral, c’est une atteinte directe à la souveraineté énergétique du pays. Chaque barrage construit dans l’étroite gorge de la Bhote Koshi est exposé au même risque de blocage en amont.

Ensuite, le modèle touristique. La frontière Gyirong-Rasuwa est devenue l’axe principal pour les pèlerins indiens vers le Kailash et pour les trekkers occidentaux.

L’accident montre que l’information sur le risque sismique et glaciaire ne remonte pas jusqu’aux agences et que les systèmes d’alerte ne sont pas interconnectés entre Pékin et Katmandou. Les disparus ne sont pas des alpinistes isolés, mais des groupes encadrés.

Enfin, la cascade climatique. Les scientifiques parlent depuis des années de risques en cascade : séisme, avalanche, barrage naturel, débâcle. Ce qui s’est produit correspond exactement à ce scénario, sans qu’il soit encore possible de déterminer la part du réchauffement et de la déstabilisation des glaciers.

Le fait que le Tibet et le Népal gèrent séparément les données sur leurs lacs glaciaires rend toute prévention régionale presque impossible. La catastrophe n’est pas seulement météorologique, elle est géopolitique.

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