Alors que des discussions entre responsables américains et russes se tiennent pour obtenir une trêve dans la guerre en Ukraine, la Russie continue ses frappes sur le territoire ukrainien.
L’attaque au missile qui a frappé Sumy lundi, blessant des dizaines de civils, montre le paradoxe de ces pourparlers : Moscou parle de paix tout en poursuivant son agression militaire.
Des négociations sous tension à Riyad
Les derniers pourparlers entre la Russie et les États-Unis, qui se sont tenus lundi dans la capitale saoudienne, Riyad, ont duré 12 heures. À l’ordre du jour figurait principalement la relance de l’accord céréalier de 2022 permettant à Kyiv d’exporter via la mer Noire. En échange, Moscou cherche à obtenir un assouplissement des sanctions occidentales sur ses exportations d’engrais. Mais au-delà de cette question économique cruciale, aucun plan global de paix n’est envisagé.
Un communiqué conjoint est attendu mardi, et selon certaines sources, une annonce positive pourrait en découler. Un haut responsable de la Maison Blanche a déclaré à Reuters que les discussions se déroulaient « extrêmement bien » et qu’une avancée significative pourrait être annoncée prochainement. Toutefois, le flou demeure quant à la nature exacte de cet accord et à sa portée réelle.
Le fait que les délégations ukrainienne et russe soient présentes dans le même bâtiment en Arabie saoudite, sans pour autant interagir directement, illustre la complexité des négociations. Les États-Unis jouent ici un rôle d’intermédiaire, avec une implication directe de l’envoyé spécial de Donald Trump, ,Steve Witkoff. Ce dernier a exprimé son optimisme quant aux progrès réalisés, bien que l’objectif d’un cessez-le-feu complet semble encore hors de portée.
Un « cessez-le-feu allégé » : une solution réaliste ou un leurre ?
L’optimisme américain se heurte à la réalité du terrain. Depuis plusieurs mois, la promesse de Trump d’obtenir « la paix dès son premier jour en fonction » apparaît de plus en plus irréaliste. Les discussions actuelles visent une forme de trêve limitée, un « cessez-le-feu allégé » centré sur la mer Noire, plutôt qu’un arrêt total des combats.
Depuis que Moscou s’est retiré de l’accord céréalier en 2023, les navires ukrainiens ne bénéficient plus d’un passage sécurisé. Un éventuel retour à cet accord constituerait une avancée économique, mais ne résoudrait en rien les combats qui se poursuivent sur le front est de l’Ukraine.
La Russie et l’Ukraine ont récemment convenu d’une trêve de 30 jours, censée empêcher les attaques contre les infrastructures. Pourtant, les hostilités continuent de chaque côté. Kyiv accuse Moscou de ne pas respecter l’accord, tandis que la Russie reproche aux Ukrainiens de poursuivre leurs frappes de drones en territoire russe.
L’attaque de lundi sur Sumy, qui a blessé 65 personnes, dont 14 enfants, illustre la duplicité de la position russe. Le Premier ministre ukrainien, Denys Shmyhal, a dénoncé un nouvel acte de « terreur », appelant la communauté internationale à intensifier la pression sur Moscou.
Des négociations lourdes de conséquences
Ces discussions surviennent dans un contexte où le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy fait face à une érosion de la confiance publique. Un sondage du centre Razumkov dévoile que 60 % des Ukrainiens lui accordent encore leur confiance, mais des figures clés de son gouvernement, comme le ministre de la Défense Rustem Umerov, ne bénéficient que de 23 % de soutien. À l’inverse, les forces armées ukrainiennes jouissent d’une popularité écrasante, avec un taux de confiance de 93,5 %.
La pression américaine sur Kyiv pour parvenir à un accord est de plus en plus manifeste. Zelenskyy, réticent à signer un accord minier avec Washington, semble désormais contraint de le faire. Une autre ligne rouge persiste : l’Ukraine refuse catégoriquement de reconnaître comme russes les territoires occupés. Aujourd’hui, 20 % du territoire ukrainien est sous contrôle russe, ce qui complique toute tentative de négociation d’une ligne de démarcation acceptable.
Le Kremlin, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, a reconnu que les discussions de Riyad étaient encore à un stade préliminaire et que des « négociations difficiles » étaient à prévoir. Il a insisté sur le fait que les résultats des pourparlers étaient en cours d’analyse à Moscou et Washington, sans pour autant qu’aucune annonce officielle ne soit prévue pour l’instant.
Les divergences entre les parties concernent surtout la définition du cessez-le-feu. Washington et Kyiv souhaitent l’inclure les infrastructures énergétiques et de transport, alors que Moscou veut le limiter aux seules infrastructures énergétiques.