GENÈVE, 23 juillet (Le Parisien Matin) – À Gaza, plus de deux tiers des habitants pourraient basculer dans une faim aiguë d’ici la fin de l’année, malgré une amélioration relative observée ces derniers mois. C’est l’alerte lancée mercredi par l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC), l’organisme mondial de référence en matière de sécurité alimentaire, qui pointe une situation toujours extrêmement fragile dans l’enclave palestinienne depuis près de deux ans.
Une amélioration fragile après le cessez-le-feu
Selon la dernière évaluation de l’IPC, les niveaux de malnutrition aiguë, notamment chez les enfants, ont significativement reculé après le renforcement des approvisionnements alimentaires et des services nutritionnels consécutif au cessez-le-feu d’octobre 2025 entre Israël et le Hamas. Cette pause dans les combats a permis de rouvrir partiellement les circuits d’aide et de relancer les distributions.
Mais les experts préviennent que ces acquis restent très précaires et pourraient être anéantis en quelques semaines si les financements ne suivent pas. ‘Les gains sont réels mais réversibles’, souligne le rapport, qui insiste sur la dépendance totale de la population à l’aide extérieure.
1,4 million de personnes menacées d’ici décembre
Entre la mi-avril et la fin juin, plus de 1,2 million de personnes, soit environ 59% de la population de Gaza, ont connu une faim aiguë, définie comme une situation de crise ou pire, dont près de 212 000 en conditions d’urgence, selon l’IPC. Une situation déjà alarmante qui devrait encore s’aggraver. D’ici décembre, ce chiffre pourrait grimper à plus de 1,4 million de personnes, soit 67% des habitants.
Sur le terrain, la consommation alimentaire reste largement insuffisante pour la plupart des familles. Le rapport documente des stratégies de survie extrêmes, avec des ménages contraints de mendier ou de fouiller les déchets pour trouver de quoi manger, signe d’une détresse alimentaire persistante.
Des programmes d’aide en chute libre
C’est précisément cette dépendance qui inquiète le plus. L’IPC avait annoncé en décembre que certaines zones de Gaza n’étaient plus en situation de famine, revenant ainsi sur son constat alarmant d’août. Mais aujourd’hui, l’organisme avertit que ces progrès sont menacés par une réduction drastique de l’assistance. Entre janvier et mai de cette année, les programmes d’alimentation supplémentaire destinés aux femmes enceintes et allaitantes ont vu leur couverture divisée par deux, ne touchant plus que 6 000 bénéficiaires.
Les agences humanitaires évoquent des pénuries de financement majeures et une incertitude croissante sur les conditions d’accès. ‘Nous assistons à un effondrement programmé si les donateurs ne se remobilisent pas’, alerte une source humanitaire citée dans le document.
Un territoire dévasté par deux ans de guerre
Après deux ans de conflit et le déplacement de presque toute la population, la majorité des Gazaouis ne survit que grâce à l’aide. Les agences alertent aussi sur un effondrement inédit des systèmes d’eau et d’assainissement, qui aggrave la malnutrition. Le COGAT, l’organe militaire israélien qui supervise l’aide, a rejeté le rapport de l’IPC, jugé biaisé. Il assure que d’importantes quantités de vivres et de médicaments sont entrées depuis le cessez-le-feu et accuse le Hamas de détournements.
Israël nie toute politique de famine organisée. Le gouvernement n’a pas commenté. La guerre a débuté après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 ayant tué 1 200 personnes et provoqué l’enlèvement de 251 otages. L’offensive israélienne aurait fait plus de 73 000 morts, majoritairement civils, selon Gaza.


