BRUXELLES, 28 juillet (Le Parisien Matin) – La bataille judiciaire contre Google entre dans une phase financièrement explosive. Après avoir écopé d’une première amende d’un milliard de dollars au titre du Digital Markets Act pour avoir favorisé ses propres services et empêché les développeurs de rediriger les utilisateurs vers des options moins chères hors du Google Play Store, le géant américain voit ses concurrents historiques se lever pour réclamer réparation.
Une première sanction sous le DMA qui change la donne
Cette amende est la première prononcée sous le nouveau règlement européen sur les marchés numériques.
Elle établit une faute continue et ouvre une brèche juridique considérable. Selon Thomas Hoppner, associé chez Geradin Partners
« Je pense que cela va déclencher une nouvelle vague de litiges ».
Les avocats spécialisés estiment que les entreprises lésées pourront désormais demander réparation non seulement pour la période couverte par le DMA, mais aussi pour les années antérieures sur le fondement de l’article 102 qui interdit l’abus de position dominante.
Jusqu’à 10 milliards réclamés par les comparateurs de prix
Le préjudice invoqué remonte à 2008, lorsque Google a commencé à mettre en avant son propre comparateur de prix dans ses résultats.
Le trafic des sites rivaux s’était alors effondré, déclenchant une enquête de l’UE et une première amende de 2,42 milliards d’euros en 2017, confirmée définitivement l’an dernier par la justice européenne.
Depuis, les procédures se multiplient dans une demi douzaine de pays. Le total des demandes pourrait atteindre 10 milliards de dollars. L’Italien Moltiply Group, qui opère Trovaprezzi.it, réclame 2,97 milliards d’euros.
En Suède, PriceRunner, soutenu par Klarna, a obtenu en juillet près de 1,97 milliard de dollars avec intérêts devant un tribunal de Stockholm.
En Allemagne, Idealo s’est vu accorder 465 millions d’euros à Berlin, le plus important dédommagement antitrust jamais prononcé dans le pays.
Au Royaume Uni, Kelkoo poursuit pour plusieurs milliards de livres. À Amsterdam, deux groupements financés par la société LitFin réclament à eux seuls plus d’un milliard combiné.
La défense de Google face à une décennie de sanctions
Google conteste fermement le bien fondé de ces actions qu’il attribue à des entreprises cherchant une rente plutôt qu’à investir dans leurs produits.
La stratégie du groupe repose aussi sur le temps, les procédures pouvant s’étendre sur huit ans.
Cette nouvelle vague judiciaire s’ajoute à un bilan déjà lourd. Sur les dix dernières années, Google a accumulé plus de 10,4 milliards d’euros d’amendes infligées par Bruxelles pour pratiques anticoncurrentielles, dont 4,1 milliards pour son système Android.
Pour ses rivaux, le DMA, même imparfaitement appliqué, reste l’arme la plus efficace pour mettre fin à l’autofavoritisme.

