TÉHÉRAN, 27 juillet (Le Parisien Matin) – À Washington, un signal d’apaisement vient freiner une escalade militaire qui s’accélérait depuis deux semaines au Moyen-Orient. L’Iran a fait savoir dimanche qu’il suspendrait ses propres frappes tant que les États-Unis maintiendraient l’arrêt de leurs bombardements, ouvrant une fenêtre diplomatique étroite mais réelle après treize nuits consécutives d’opérations américaines.
Selon un haut responsable iranien cité par Reuters, Téhéran a choisi d’aligner sa position sur celle de Washington. Le Pentagone a suspendu sa campagne tard vendredi soir et aucune attaque américaine n’a été signalée samedi ni dimanche. En miroir, l’Iran, qui répliquait chaque nuit en visant des pays voisins abritant des bases américaines, a également retenu ses tirs pendant quarante-huit heures.
Une pause après treize nuits de frappes
La suspension interrompt une séquence d’attaques nocturnes présentées comme une réponse aux menaces sur la navigation dans le détroit d’Ormuz. Ce passage stratégique est devenu le principal point de friction, Washington accusant Téhéran de mettre en péril le trafic maritime. Pendant près de deux semaines, les frappes se sont enchaînées avant de cesser brutalement.
L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a expliqué sur Fox News Sunday que le président Donald Trump avait décidé de laisser plus de place à la diplomatie. Le chef de l’État souhaiterait donner du temps aux discussions, sans préciser de calendrier ni de conditions pour une éventuelle reprise des pourparlers. La reprise d’opérations d’envergure reste toutefois une option si la sécurité dans le Golfe se dégradait.
Des stocks sous tension et des cibles épuisées
Derrière l’annonce se cachent des contraintes opérationnelles. Plusieurs responsables militaires américains, sous anonymat, ont indiqué que les bombardements destinés à dissuader les actions iraniennes dans le détroit avaient largement épuisé les ensembles de cibles présélectionnées. La liste d’objectifs jugés pertinents arrive à son terme.
À cette limite s’ajoute une inquiétude logistique. Le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, aurait averti en privé le président des risques d’une poursuite sur les réserves de munitions, notamment les intercepteurs de la défense aérienne américaine au Moyen-Orient. Ni son bureau ni le Commandement central n’ont souhaité commenter ces échanges, par tradition de discrétion.
Sur NBC, dans l’émission Meet the Press, Mike Waltz a assuré que l’armée dispose de tout ce dont elle a besoin, tout en affirmant que le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait hérité d’une situation dégradée en prenant ses fonctions.
Selon la presse américaine, ces évaluations ont pesé dans la réunion de vendredi à la Maison Blanche. CNN a rapporté que le vice-président JD Vance avait exprimé des réserves, tandis qu’Axios indiquait que l’amiral Brad Cooper, commandant des forces au Moyen-Orient, avait recommandé d’interrompre les bombardements en raison de leur efficacité désormais limitée.

Téhéran affiche une prudence calculée
À Téhéran, la réaction reste mesurée. Le haut responsable iranien a décrit une doctrine de stricte réciprocité et a résumé la position en ces termes :
« attaque pour attaque, si les attaques s’arrêtent, l’Iran arrêtera aussi ses opérations ».
Ce message aurait déjà été transmis à Washington par les canaux diplomatiques. Pour autant, la confiance demeure faible. La même source estime que l’arrêt des frappes américaines relève davantage d’un ajustement tactique que d’un changement stratégique, évoquant une longue expérience de ce que Téhéran considère comme des manœuvres trompeuses américaines.
Le détroit d’Ormuz au cœur de la crise
Le cœur du contentieux reste le détroit d’Ormuz, par où transitait un cinquième du pétrole mondial avant cette nouvelle phase de guerre. Washington justifie son intervention par la protection de la liberté de navigation, tandis que Téhéran revendique son rôle de garant de la sécurité dans cette zone vitale pour sa souveraineté.
Le conflit a pris une dimension régionale. Aux frappes américaines sur le territoire iranien, les forces iraniennes ont répondu en ciblant des infrastructures sensibles dans les États arabes du Golfe, notamment des usines de dessalement d’eau, accroissant la pression sur des alliés des États-Unis. Cette escalade a torpillé l’accord intérimaire conclu le mois dernier, qui visait à mettre fin aux hostilités.
Une population suspendue dans l’incertitude
Sur le terrain, la pause ne dissipe pas l’angoisse. À Téhéran, les habitants restent suspendus à chaque communiqué, entre soulagement et crainte d’une reprise brutale. L’activité économique tourne au ralenti et les commerçants peinent à se projeter.
Un chef d’entreprise de l’import-export joint dans la capitale décrit une population épuisée par l’incertitude et par un jeu politique sans issue claire. Pour beaucoup, la trêve ressemble moins à une sortie de crise qu’à une parenthèse dont personne ne connaît la durée.
Si la suspension tient au-delà de quelques jours, elle pourrait offrir aux médiateurs un espace pour relancer le dialogue. Dans le cas contraire, la région pourrait replonger rapidement dans un cycle d’attaques dont les conséquences dépasseraient largement le Golfe.


