KIEV, 23 juillet (Le Parisien Matin) – Ce jeudi, le ministre de la Défense limogé Mykhailo Fedorov a fait savoir qu’il n’accepterait aucun autre poste au gouvernement que celui qu’il vient de perdre, défiant ouvertement le président Volodymyr Zelensky en pleine guerre contre la Russie.
Son éviction surprise au début du mois avait provoqué une onde de choc et déclenché de rares manifestations en temps de guerre, poussant le chef de l’État à remplacer son chef d’état-major impopulaire par un commandant plus jeune et respecté des troupes. Une tentative d’apaisement qui n’a pas suffi à éteindre la colère.
Mykhailo Fedorov monte au créneau. Le président Zelensky a confirmé lui avoir proposé plusieurs fonctions alternatives, dont celle de vice Premier ministre chargé de l’innovation de défense, sans envisager pour autant son retour au ministère. Une offre balayée d’un revers de main par l’intéressé. Selon une source proche des négociations, les discussions se poursuivent mais restent tendues.
« Je pense qu’ils vont encore parler »
Confie cette source sous couvert d’anonymat.
Dans une déclaration aux journalistes, le ministre déchu de 35 ans, salué pour avoir assaini le ministère, a justifié son intransigeance. Seuls les postes de président, de chef militaire et de ministre de la Défense peuvent
« réellement peser sur le cours de la guerre »
A-t-il martelé. Et d’ajouter :
« Aucun autre rôle ne confère l’autorité réelle pour combattre la corruption dans les achats, achever la transformation de l’armée, planifier et exécuter des opérations asymétriques contre l’ennemi ».
Ce bras de fer ravive la mobilisation populaire. Des milliers de manifestants se sont rassemblés à Kiev et dans plusieurs autres villes au cours de la semaine écoulée pour dénoncer ce qu’ils perçoivent comme un manque de transparence du président dans ses prises de décision. Les protestataires ont fixé à vendredi un ultimatum à Volodymyr Zelensky pour réintégrer Mykhailo Fedorov.
Pour l’organisateur Dmytro Koziatynskyi, vétéran militaire, le ministre limogé a pris la bonne décision.
« Il a fait ce qu’il fallait en tenant bon »
A-t-il écrit sur X.
« Nous devons absolument obtenir cette nomination. Il faut des réformes au ministère de la Défense ! ».
Un mot d’ordre qui laisse présager une poursuite des rassemblements dans les prochains jours.
La crise intervient à un moment extrêmement précaire pour l’Ukraine. Si l’armée tente de reprendre l’initiative face aux forces russes, elle reste confrontée à des assauts incessants sur le front et à des bombardements aériens dévastateurs sur ses villes.
Dans ce contexte, le nouveau chef d’état-major Mykhailo Drapatyi, nommé mardi, hérite d’une mission colossale. Il devra gérer un front tentaculaire, pallier le manque criant d’effectifs et surtout retisser le lien distendu entre le commandement de l’armée et le ministère de la Défense. Un équilibre fragile dont dépend la suite du conflit.


