PARIS, 23 juillet (Le Parisien Matin) – Washington est au centre de l’alerte lancée jeudi par les États-Unis et plus d’une douzaine de pays alliés. Selon un avis conjoint de leurs agences de renseignement et de police, des pirates soutenus par Moscou ont réussi à dérober des courriels hébergés sur le logiciel Zimbra sans recourir à l’ingénierie sociale classique, c’est à dire sans pousser la victime à cliquer sur un lien ou à ouvrir une pièce jointe piégée.
Le procédé a été qualifié de half click exploit par la société de cybersécurité Proofpoint, qui a documenté la campagne. L’attaque exploitait une vulnérabilité désormais corrigée dans Zimbra. Il suffisait que l’utilisateur ouvre un simple courriel pour que son contenu soit compromis en arrière plan. L’entreprise a résumé la technique en expliquant qu’aucune ingénierie sociale n’était nécessaire, une particularité qui rend l’attaque particulièrement furtive et difficile à détecter pour les équipes de sécurité.
L’alerte détaillée de 31 pages attribue l’opération à Laundry Bear, un groupe que les autorités américaines présentent comme soutenu par le gouvernement russe. Les agences signataires incluent notamment les États-Unis, les Pays Bas, le Canada, le Royaume Uni, l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Danemark et la République tchèque, ainsi que plusieurs autres nations européennes. Selon Washington, Laundry Bear fait partie d’un ensemble de collectifs opérant pour le compte des services de sécurité russes.
Le dossier judiciaire américain avance un lien direct avec une entreprise russe de cybersécurité baptisée Yutek NN. Son directeur adjoint, Denis Obrezko, fait face à des accusations de piratage à Boston après son arrestation en Thaïlande l’an passé. Il a plaidé non coupable. L’ambassade de Russie à Washington n’a pas répondu dans l’immédiat aux sollicitations, tout comme Yutek NN. De son côté, l’éditeur de Zimbra, Synacor, basé à Buffalo dans l’État de New York, n’a pu être joint pour commenter.
La campagne aurait d’abord massivement visé l’Ukraine avant de s’étendre aux États-Unis et à d’autres membres de l’Alliance atlantique. Ce mode opératoire inquiète particulièrement Londres, où le ministre britannique de la Sécurité a déclaré :
« Il est particulièrement préoccupant que ces voyous aient testé leurs méthodes sur des victimes en Ukraine avant de viser des membres de l’OTAN. »
Comme d’autres services de renseignement numérique, les cyberespions russes ciblent régulièrement les messageries. En avril, Reuters avait révélé que des pirates russes avaient compromis des dizaines de comptes de messagerie appartenant à des procureurs et des enquêteurs à travers l’Ukraine, illustrant la continuité d’une stratégie axée sur la collecte de renseignements par le biais des courriels.


