BRUXELLES, 9 juillet (Le Parisien Matin) – La Commission européenne travaille sur une refonte profonde de son marché des marchés publics, estimé à 2 600 milliards d’euros. Selon des documents internes consultés, un futur règlement baptisé « Public Procurement Act » devrait être officiellement présenté le 9 septembre.
Cette initiative vise à instaurer des mécanismes de préférence pour favoriser les entreprises du bloc et sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques face à une concurrence internationale de plus en plus agressive.
Ce projet législatif, porté notamment par le commissaire français Stéphane Séjourné, s’inscrit dans la vision économique promue par Mario Draghi pour renforcer la compétitivité industrielle de l’Union européenne. En remplaçant les trois directives nationales actuelles par un règlement unique d’application immédiate, Bruxelles entend harmoniser les pratiques au sein des vingt-sept États membres, limitant ainsi les marges de manœuvre locales qui fragmentent jusqu’ici le marché européen.
Le seuil des 50 % de contenu européen
Le cœur du dispositif repose sur une nouvelle règle de préférence. Les acheteurs publics bénéficieront du droit légal de rejeter systématiquement les offres dont la part de contenu non européen dépasse 50 % de la valeur totale. Cette mesure ne constitue pas une interdiction totale des entreprises étrangères, mais elle permet aux autorités adjudicatrices d’écarter des candidatures si elles présentent des risques de vulnérabilité numérique, de fuite de données ou d’ingérence étrangère.
La stratégie consiste également à modifier la manière dont les marchés sont attribués. Le critère du prix, souvent utilisé pour justifier le recours à des produits importés à bas coûts, ne sera plus le seul facteur décisionnel. Le règlement imposera que le rapport qualité-prix devienne la norme, avec des critères de qualité pesant au moins 30 % de la note totale, voire 50 % pour les contrats intensifs en main-d’œuvre.
Secteurs stratégiques et souveraineté
La dépendance vis-à-vis des puissances étrangères, notamment en matière de données et de matières premières, pousse l’UE à agir. Les secteurs visés par ces incitations à la préférence européenne sont multiples. Les réseaux de services publics, tels que l’énergie, l’extraction gazière et les systèmes de gestion de l’eau, sont en première ligne. Les infrastructures de transport comme les ports, les aéroports, les réseaux ferroviaires et les services postaux feront également l’objet d’une vigilance accrue.
Le domaine technologique et celui des minerais critiques, essentiels à la défense et aux architectures numériques sensibles, sont particulièrement scrutés. L’objectif est clair : réduire la dépendance envers des pays tiers dont les politiques économiques, basées sur des subventions massives ou la mainmise sur les terres rares, menacent l’autonomie stratégique du vieux continent.
« La manière dont les acheteurs publics dépensent l’argent est devenue une question de pertinence stratégique », souligne le document de travail de la Commission.
Sécurité et transparence accrue
Au-delà de la préférence géographique, le projet renforce le rôle sécuritaire des marchés publics. Les autorités pourront désormais examiner en détail la structure de propriété et de financement d’un candidat pour détecter des risques d’interférence étrangère. Les entreprises soumises à des législations de pays tiers imposant la divulgation d’informations sensibles pourraient être exclues des procédures d’appel d’offres afin de protéger l’intégrité des données européennes.
Pour accompagner cette transition, l’Union prévoit la création d’un système numérique unifié de passation de marchés. Ce dispositif inclura des identifiants électroniques pour les entreprises, des règles d’interopérabilité pour les plateformes nationales et des espaces de données partagés. Ces outils visent à améliorer la transparence, le contrôle des flux financiers et l’accès transfrontalier aux contrats, garantissant ainsi que l’argent public contribue directement à la vitalité industrielle du marché intérieur tout en garantissant une meilleure résilience face aux chocs logistiques mondiaux.


