BRUXELLES, 9 juin (Le Parisien Matin) – La Commission européenne a formellement proposé, mardi 9 juin, une mesure inédite visant à interdire l’accès à l’espace Schengen à tout individu ayant servi au sein des forces armées russes depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022.
L’objectif affiché par les autorités européennes est de garantir que le territoire continental reste inaccessible aux personnes ayant pris part aux hostilités.
« Nous proposons pour la première fois d’interdire l’entrée dans l’Union européenne à quiconque a servi dans les forces armées russes depuis le début de la guerre », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
Un renforcement des mesures économiques
Au-delà de cette interdiction d’entrée aux soldats russes, ce 21e paquet de sanctions vise à paralyser durablement l’économie de guerre russe. Le plan prévoit de maintenir le plafonnement du prix du pétrole brut aux alentours de 44 dollars jusqu’en janvier 2027. Cette décision intervient en réponse à la volatilité des marchés mondiaux de l’énergie, exacerbée par les tensions au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz. En verrouillant ce prix, Bruxelles entend empêcher le Kremlin de tirer profit de la flambée des cours mondiaux pour financer son effort militaire.
La stratégie européenne s’attaque également aux circuits financiers parallèles. Le texte propose de couper l’accès aux transactions avec 31 banques russes supplémentaires, tout en ciblant une vingtaine d’institutions financières et plateformes de cryptomonnaies situées dans des pays tiers, souvent utilisées pour contourner les restrictions existantes. La Commission souligne que ces mesures sont nécessaires pour affaiblir les fondations économiques qui soutiennent les opérations militaires de Moscou.
Cibler la flotte fantôme et le commerce
La lutte contre l’exportation clandestine d’hydrocarbures constitue un autre pilier de ce projet. Bruxelles prévoit de placer sur liste noire 30 nouveaux pétroliers appartenant à la « flotte fantôme » utilisée par Moscou. Pour la première fois, la législation européenne visera non seulement les navires de transport, mais également les navires de soutage et les bateaux de service chargés de ravitailler ces tankers en mer.
Le volet commercial n’est pas en reste, avec de nouvelles restrictions sur les exportations de composants aéronautiques et de technologies liées aux drones. Dans une mesure inédite visant le secteur halieutique, l’Union européenne projette d’interdire l’importation de produits de la pêche russes, notamment le cabillaud et le lieu d’Alaska, représentant une restriction évaluée à 60 millions d’euros. Cette pression accrue sur les importations s’accompagne d’une harmonisation des règles commerciales avec la Biélorussie, afin de fermer cette voie de contournement des sanctions.

Sécurité et enjeux diplomatiques
L’interdiction d’entrée aux soldats russes répond également à des impératifs sécuritaires soulevés par plusieurs États membres, dont l’Estonie. Les autorités craignent les risques liés à l’afflux potentiel d’anciens combattants, dont beaucoup ont été recrutés au sein des établissements pénitentiaires russes. La volonté est de protéger la zone Schengen contre une augmentation des risques de criminalité et d’instabilité.
Parallèlement, la Commission souhaite limiter les capacités d’espionnage en réduisant la taille de la mission diplomatique russe à Bruxelles, dont les effectifs seraient plafonnés à 40 personnes. Concernant le soutien étranger à l’effort militaire de Moscou, 14 entreprises basées en Chine continentale et à Hong Kong sont visées par des interdictions d’achat de marchandises européennes, pour leur rôle présumé dans l’approvisionnement des troupes.
Selon les données présentées par la présidente de la Commission, plus des deux tiers des actifs liquides du Fonds national de la richesse de la Russie auraient déjà été consommés. Les revenus énergétiques du pays ont, quant à eux, chuté d’environ 40 % au premier semestre 2026.
« Nos sanctions continuent de frapper fort et de couper profondément. Elles affaiblissent les fondations économiques de l’effort de guerre russe », a affirmé Ursula von der Leyen lors de sa présentation.
L’adoption finale de ce 21e paquet nécessite l’approbation unanime des 27 États membres de l’Union européenne. Les discussions diplomatiques devraient s’intensifier dans les prochaines semaines, Bruxelles espérant une mise en œuvre définitive des mesures d’ici le 15 juillet. La réussite de ce dispositif dépendra de la capacité des États à maintenir cette unité face aux manœuvres de contournement de Moscou.


