vendredi, 4 septembre Magazine

KIEV, 3 septembre (Le Parisien Matin) – Le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) et la Direction principale du renseignement militaire (GUR) se sont affrontés à l’arme automatique mardi 2 septembre au matin dans le quartier de Berezniaky, à Kiev, lors d’une opération visant le commandant adjoint du Corps des volontaires russes.

Le président Volodymyr Zelensky a qualifié les faits d’« incident absolument honteux » et a exigé que « les responsables rendent des comptes ».

Des détonations ont retenti tôt dans la matinée dans le district de Dniprovsky. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré des hommes en treillis échangeant des tirs en pleine rue.

Le journal Ukrainska Pravda a confirmé qu’une fusillade avait opposé les deux services. Selon le média, l’échange s’est prolongé au moins jusqu’à mercredi matin.

Au moins trois agents du GUR ont été blessés au cours de l’affrontement, selon la même source.

Un commandant du RDK au cœur de l’opération

L’intervention du SBU visait le domicile de Stepan Kaplunov, commandant adjoint du Corps des volontaires russes (RDK), une unité composée de citoyens russes anti-Kremlin combattant aux côtés de Kiev et placée sous tutelle du GUR.

Des membres des forces spéciales du GUR, notamment de l’unité « Timur », sont intervenus sur les lieux. Ils ont accusé le SBU d’avoir « enlevé » l’officier et tenté de bloquer le passage des véhicules du SBU.

La situation a dégénéré en échange de tirs à l’arme automatique. L’unité d’élite « Alpha » du SBU a été déployée pour neutraliser la confrontation.

Dès mardi, le SBU a présenté une autre lecture des événements. Il a évoqué une opération menée en « collaboration » avec le GUR.

Cette opération aurait permis d’« empêcher un attentat terroriste que le FSB de la Fédération de Russie préparait contre l’un des dirigeants du mouvement nationaliste politique d’opposition russe, arrivé en Ukraine à l’occasion de la fête nationale de notre État », a affirmé le SBU.

Cette version, qui transforme les tirs fratricides en action conjointe, n’a pas convaincu les médias ukrainiens.

Les sanctions annoncées par Volodymyr Zelensky

Face à ce dysfonctionnement majeur en pleine guerre, Volodymyr Zelensky a réagi fermement. Il a qualifié l’événement de « honte absolue ».

Le président a démis de ses fonctions Oleh Khramov, chef du département du SBU chargé de la protection des secrets d’État et des licences.

Le Bureau d’État d’enquête (DBR) et le Bureau du Procureur général ont été saisis pour reconstituer les faits étape par étape. Des enquêtes internes ont également été ordonnées au sein des deux agences.

« Ici en Ukraine, les tirs ne sont autorisés que contre les occupants russes pour défendre l’Ukraine. Aucun autre échange de tirs ne sera toléré. »

A déclaré Volodymyr Zelensky.

Cet affrontement n’est pas un simple fait divers sécuritaire. Il révèle au grand jour une fracture que Kiev s’est efforcé de dissimuler depuis le début de l’invasion à grande échelle : la guerre d’influence entre le SBU et le GUR.

Les deux services ont gagné un poids politique considérable depuis 2022. Le SBU, réformé et purgé, contrôle le contre-espionnage intérieur et les dossiers de trahison. Le GUR, sous la figure médiatique de Kyrylo Boudanov, a multiplié les opérations spectaculaires hors frontières et gère des unités comme le Corps des volontaires russes, utile diplomatiquement mais juridiquement grise.

L’affaire Kaplunov cristallise ce chevauchement de compétences. Qui a autorité sur un citoyen russe combattant pour l’Ukraine mais soupçonné d’être ciblé par le FSB ? Le SBU revendique la protection du territoire, le GUR revendique la protection de son combattant. Sans protocole clair de coordination, deux unités d’élite se retrouvent face à face dans un quartier d’habitation.

Le choix de Zelensky de limoger Oleh Khramov, un cadre lié à la protection des secrets d’État, est un signal. Il ne sanctionne pas les tireurs de terrain, mais le maillon administratif qui aurait dû autoriser ou bloquer la perquisition. C’est une façon de recadrer sans décapiter l’une ou l’autre agence, alors que l’armée a besoin des deux.

Reste l’impact sur le front intérieur. À l’heure où Kiev réclame des armes et de l’unité à ses partenaires, des images de forces spéciales ukrainiennes se tirant dessus à Kiev offrent un angle d’attaque rêvé à la propagande russe.

La formule de Zelensky sur les tirs autorisés uniquement contre l’occupant n’est pas qu’une phrase morale, c’est une tentative de reprendre le contrôle du récit.

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