BERLIN, 27 juillet (Le Parisien Matin) – C’est en plein cœur de Berlin, dans le parc du Tiergarten à quelques mètres de la porte de Brandebourg, qu’un véhicule a foncé samedi soir dans la foule réunie aux abords de la Gay Pride.
Le bilan est lourd avec une femme polonaise d’une soixantaine d’années tuée et vingt neuf personnes blessées, dont certaines attaquées à la machette par le conducteur après le choc.
Un assaillant connu et pourtant libre
L’auteur présumé a été identifié comme Abdul Ballout, un citoyen allemand de 21 ans d’origine libanaise né et élevé à Berlin.
Il a été abattu le lendemain par la police dans une cité de jardins ouvriers de Spandau alors qu’il se précipitait sur les agents avec une arme blanche.
Selon le parquet, l’homme avait été condamné en mai pour avoir préparé un acte de violence grave menaçant l’État après avoir tenté de rejoindre le groupe État islamique en Syrie.
Malgré la gravité des faits, il avait été jugé sous le régime du droit pénal des mineurs et laissé en liberté sous contrôle d’un agent de probation pour six mois.
Une faille juridique au cœur de la polémique
Cette libération a provoqué une onde de choc politique. Le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt a annoncé vouloir mettre fin à cette pratique et a estimé que
« Appliquer le droit pénal des mineurs à des menaces pour la sécurité de l’État est inacceptable ».
Pour le gouvernement, il n’est plus tenable que de jeunes adultes de 18 à 20 ans condamnés pour terrorisme échappent à la prison ferme grâce à un statut juvénile.
Le plan de riposte du gouvernement Merz
Sous pression au moment d’un remaniement délicat, le chancelier Friedrich Merz a demandé une refonte complète du dispositif.
Le plan prévoit la généralisation du bracelet électronique pour les individus dangereux, la création de nouvelles possibilités de détention préventive et le transfert de la surveillance des condamnés radicalisés des Länder vers l’échelon fédéral afin d’unifier le suivi.
Merz a également relancé l’idée de déchoir de leur nationalité les binationaux considérés comme menaces, tout en reconnaissant que cette mesure ne s’applique pas à un Allemand disposant d’une seule nationalité comme Ballout.
Il a insisté sur la nécessité de doter enfin les services de sécurité des moyens techniques pour localiser en temps réel les personnes fichées.
Une menace qui évolue et une société sous tension
Le renseignement intérieur alerte dans son rapport annuel sur une menace islamiste qui progresse avec 28 645 personnes identifiées dont plus de 9 000 jugées potentiellement violentes.
Le rapport note un recul de l’idéologie jihadiste classique au profit d’une fascination pour la violence brute et souligne une convergence inquiétante des hostilités anti LGBTQ au sein des mouvances islamiste et d’extrême droite.
À Berlin, la maire Kai Wegner a promis de protéger les valeurs d’ouverture et de diversité tandis que la CSD Association et le Conseil central des musulmans ont condamné l’attaque et appelé à l’unité face aux tentatives de division.


