PALERME, 23 août (Le Parisien Matin) – Une fillette de quatre ans, Anna Rosa Bartolotta, est décédée de la diphtérie dans la nuit du 19 au 20 août. Ses parents avaient refusé de la faire vacciner, convaincus que le vaccin provoquait l’autisme. La maladie, hautement contagieuse, n’avait plus été observée en Italie depuis dix ans.

Une prise en charge trop tardive

Selon La Repubblica, l’enfant avait présenté une semaine plus tôt des vomissements, de la fièvre et une perte d’appétit. Sa mère avait pensé à un simple état grippal.

Dès le 13 août, sa pédiatre avait évoqué une possible diphtérie et demandé une hospitalisation. Admise à l’hôpital Cervello, la fillette n’y resta que deux heures.

Le 15 août, face à une fièvre persistante et à de graves difficultés respiratoires, elle fut réadmise en urgence. Le diagnostic fut confirmé le 16 août à 18 heures.

Les médecins administrèrent un sérum anti-diphtérique, des antibiotiques par voie intraveineuse, une hémodialyse pour filtrer la toxine, puis une assistance ECMO. Elle succomba à une défaillance multiviscérale générale. Selon l’OMS, environ 10 % des malades meurent même avec traitement.

Le couple avait cinq enfants. Aucun n’était vacciné. Un cousin de quatre ans, partiellement vacciné, fut également hospitalisé, mais ses jours n’étaient pas en danger. Les trois autres frères et sœurs furent vaccinés en urgence après le drame.

La famille vivait dans le quartier du Zen, zone marquée par la précarité. Les autorités sanitaires y ont rapporté une croyance populaire solidement ancrée selon laquelle des enfants seraient devenus autistes après une injection.

Une enquête pour homicide involontaire

Le parquet de Palerme a ouvert une enquête. Le corps de l’enfant a été placé sous séquestre pour autopsie. Les parents, Manuela et son conjoint, ont été inscrits au registre des suspects pour homicide involontaire par omission par la procureure adjointe Laura Vaccaro.

Le tribunal pour enfants de Palerme a ouvert une procédure civile distincte pour évaluer un retrait de l’autorité parentale. L’enquête devait aussi déterminer comment les enfants furent scolarisés alors que la loi italienne interdit l’accès à l’école aux enfants non vaccinés.

En décembre 2025, l’OMS a publié une étude indiquant qu’il n’y avait « aucun lien de causalité entre les vaccins et l’autisme », selon Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Il a rappelé :

« En 1998, une étude publiée dans The Lancet prétendait établir un lien entre les vaccins et les troubles du spectre autistique. Cette étude s’est avérée frauduleuse et a été rétractée, mais le mal était fait et cette idée persiste ».

Il a ajouté qu’« au cours des vingt-cinq dernières années la mortalité des moins de 5 ans avait diminué de plus de moitié, passant de 11 millions de morts par an à 4,8 millions » et que les vaccins en étaient « la principale raison », selon Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Ce que ce drame révèle

Ce décès n’est pas un simple fait divers sanitaire, c’est le symptôme d’un échec en chaîne.

D’abord, l’échec de la mémoire collective. La diphtérie avait disparu des radars italiens depuis dix ans précisément parce que la vaccination fonctionnait. Quand la protection fonctionne trop bien, le danger devient abstrait, et la peur se déplace du virus vers le vaccin. C’est le paradoxe de toute politique de prévention réussie.

Ensuite, l’échec du contrôle administratif. L’Italie a l’une des législations les plus strictes d’Europe avec dix vaccins obligatoires pour la scolarisation.

Comment cinq enfants non vaccinés ont-ils pu être scolarisés pendant des années dans le même quartier ? Le drame du Zen pose la question de l’application réelle de la loi dans les zones de grande précarité, où les services de santé scolaire et les directions d’école manquent de moyens de vérification.

Enfin, l’échec de la lutte contre la désinformation. L’étude de Wakefield a été rétractée en 2010, son auteur radié. Pourtant, vingt-six ans plus tard, elle tue encore. Elle a muté en rumeur de quartier, en témoignage anecdotique – « un enfant du voisin est devenu autiste après ».

Ce format, beaucoup plus résistant que l’article scientifique, circule hors de portée des démentis institutionnels. La réponse ne peut plus être seulement un communiqué de l’OMS, aussi rigoureux soit-il. Elle nécessite un travail de proximité, pédiatre par pédiatre, dans les quartiers où la méfiance envers l’institution est la plus forte.

Le choix du parquet de poursuivre pour homicide involontaire par omission est un signal politique fort. Il fait basculer le refus vaccinal du champ de la conviction personnelle à celui de la responsabilité pénale envers l’enfant.

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