WASHINGTON, 28 juillet (Le Parisien Matin) – L’administration Trump a informé le Congrès qu’elle ne comptait pas achever la dépense d’une enveloppe de 400 millions de dollars votée pour l’Ukraine avant la fin de son mandat.
Selon une lettre du Département de la Défense envoyée en mai aux élus et révélée lundi par une source proche du dossier, les fonds n’ont toujours pas été déboursés ni même mis sous contrat deux mois plus tard.
Un calendrier jugé anormalement lent à Washington
Le document détaille un échéancier à rallonge. Le Pentagone prévoit d’obliger les fonds, c’est à dire de les engager juridiquement sur des contrats, au cours de l’exercice fiscal 2026 qui s’achève le 30 septembre.
Mais la livraison finale de l’ensemble de l’assistance n’est estimée que pour l’exercice se terminant le 30 septembre 2029.
Or le second mandat de Donald Trump s’achève le 20 janvier 2029.
Le détail des 400 millions en suspens
L’enveloppe concerne du renforcement de capacités, de l’équipement, de la formation et des services pour les forces ukrainiennes.
Dans le détail, 200 millions sont fléchés vers les armes, munitions et explosifs, 99,9 millions vers les véhicules, pièces détachées et équipements, et 100 millions vers les services comme le transport du matériel vers l’Ukraine.
Le Pentagone n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires.
Une colère bipartisane au Capitole
Deux sources au Congrès décrivent une irritation profonde, jugée inhabituelle pour un conflit en cours.
La lenteur a déjà été dénoncée publiquement. En avril, le sénateur républicain Mitch McConnell avait publié un éditorial critiquant le retard de l’aide. La question revient à chaque audition.
Le sénateur démocrate Dick Durbin a ainsi interpellé le chef d’état-major, le général Dan Caine, et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth la semaine dernière :
« Si on parle de défense aérienne et de l’élan aux côtés de Zelensky, quel impact aura cette aide si nous ne pouvons pas la financer avant trois ans ? »
La révélation tombe alors que Volodymyr Zelensky est attendu mardi à la Maison Blanche pour rencontrer Donald Trump afin de plaider pour des capacités urgentes de défense antiaérienne et finaliser un accord sur les drones, avant une rencontre avec les 100 sénateurs au Capitole.
La Chambre des représentants est en récession estivale.
Le président ukrainien doit également assister aux obsèques du sénateur Lindsey Graham, proche allié de Trump et porteur d’un projet de sanctions contre la Russie.
Un enjeu juridique et stratégique majeur
En vertu du droit américain, le président est tenu de dépenser les fonds votés par le Congrès et ne peut pas les bloquer unilatéralement pour poursuivre un autre objectif politique.
La première procédure de destitution de Donald Trump en 2019 avait d’ailleurs fait suite à une décision du Government Accountability Office jugeant illégale la rétention de fonds pour l’Ukraine.
L’Ukraine reste de loin le premier bénéficiaire de l’aide étrangère américaine depuis l’invasion à grande échelle de février 2022.
Selon le Council on Foreign Relations, les États-Unis avaient alloué 175 milliards de dollars liés à la guerre fin septembre 2024, dont 106 milliards d’aide directe à Kiev.
Aucun grand paquet d’aide n’a été voté depuis janvier 2025, et les démocrates accusent l’exécutif de freiner volontairement l’aide déjà approuvée, alors que Kiev manque cruellement de systèmes pour contrer les attaques de missiles russes.


